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jeudi 20 octobre 2011

Polaires - Parution octobre 2011

2011_JEU_DE_CARTES_PENSEES_FACE_72
Lés éditions de La Licorne Ailée
ont publié en oct. 2011
un jeu de cartes Polaires
comprenant 108 pensées ou aphorismes
de François Brousse

Prix : 17 euros

Commander le jeu

PENSEE_1_72

Parution octobre 2011


2011_BMP_ANNEE_2011_2002_FACE_72
On contemple effarés sous la toge romaine
L’invincibilité de la folie humaine

Le doute, c’est l’ultime épreuve de la vie,
Une fois dépassé, l’âme danse ravie.

Dans son grand apparat le grand voilier s’envole.
Quatrième dimension, je bois ton auréole.

L’avenir est à Dieu, l’éternité aux sages
Ils connaissent, ô mystère, tous les passages…

La mort et le soleil mesurent leur ardeur
Sous les rires ironiques du créateur.

Pour connaître une femme il faudrait mille femmes
Le goût du feu ne se trouve que dans les flammes.

2011_BMP_ANNEE_2011_2002_DOS_72L’Être nous verse devant ses farouches autels
L’envie d’écrire des poèmes immortels.

Les montagnes qui m’environnent sont magiques
J’ai composé l’ardent Cantique des Cantiques

Son verbe de miel vaut mieux que le fruit des bois,
De la chasse des dieux on entend le hautbois.

Le cormoran inattendu monte aux étoiles
Je cueillerai sur ta bouche un baiser d’étoile.

BROUSSE François, Revue BMP
Cours de métaphysique, Année 2001-2002
éd. La Licorne Ailée, Oct. 2011

dimanche 2 janvier 2011

Au coeur de la Quatrième Dimension


Au coeur de la Quatrième Dimension vivent l’Éternel, l'Infini, la Force Créatrice. Les hauteurs du rêve s'en rapprochent. C'est pourquoi le poète plongera voluptueusement sa coupe ciselée dans ces fontaines de lait céleste dont les molécules sont des astres. L'index des mirages lui désigne la direction nouvelle.

Mais un puits s'ouvre devant nos pas. Cueillir son inspiration dans les tourbillons vagues du rêve ne veut pas dire y dissoudre sa conscience. Il faut au contraire pénétrer, dans le nuage des sommeils avec la lampe incorruptible des éveils.

Nous allons à la recherche, non de notre inconscient mais de notre Moi idéal qui brille dans l'Intemporel. Quand notre âme reviendra à sa source spirituelle, les mystères du Ciel et de l'Enfer se déploieront sous ses yeux souverains. En attendant, le monde des visions ouvre ses continents inexplorés. On y trouve des minéraux inconnus, de forme géométrique, lumineux comme de la neige, chauds comme de la laine, doux comme du velours et animés d'une vie souriante. Des comètes qui se transforment en camélias fleurissent à l'ombre des arbres dont les branches de feu se terminent en mains féminines, pleines de caresses. Au bord des mers crépusculaires rôdent d'énormes chiens-lions qui poussent de rauques grondements, et des crabes géants creusent un sable fait de lapis lazulis, tandis que dans les cieux volent sous forme de papillons pâles les âmes des trépassés.

Mais, parfois, le songeur pénètre dans les hauts firmaments sacrés, qui sont d'une couleur inconnue à la Terre et de là, il plane avec d'immenses ailes d'aigle. Sa vertigineuse respiration devient la respiration même de l'espace et le ciel et lui se confondent en une fantastique unité...

BROUSSE François, Le Manifeste de la Quatrième Dimension,
Éd. La Neuvième Licorne, Vitrolles, 2008, page 13-14

Le Manifeste de la Quatrième Dimension


Le Manifeste de la Quatrième Dimension Imaginez un instant que le cube, lassé d'être cubique, se précipite tête baissée, dans une dimension inédite, il découvrira la Quatrième Dimension.

L'homme, réalité tridimensionnelle, projette sur la Terre une ombre à deux dimensions, image de lui, différente de lui. L'homme est, par rapport à son ombre, un dieu aux extraordinaires puissances. Mais, à son tour, il n'est que l'ombre d'un être immense dont la majesté se déploie dans les quatre dimensions de l'abîme.

Comment atteindre cet idéal royaume ?

Certains sensitifs sont touchés par les étincelles d'en haut : voyants, prophètes, mages, poètes, artistes, ont le coeur traversé par les coruscations inspiratrices. La muse, la fée, le daïmon, l'esprit guide, l'ange, tombent subitement de la trappe ouverte dans le ciel, et disent aux contemplateurs le message du mystère. Il faut s'arracher au monde cubique pour monter dans l'inexprimable lumière de la supraconscience. Ce n'est pas en dépeignant le cloaque des entrailles humaines que vous transfigurerez les âmes. Montrez leur plutôt les chemins du sublime !

Ses chemins se déroulent, ponts fantastiques, entre des gouffres bouillant de maléfiques fascinations. Toutes les sorcières de l'abîme tendent leur visage de fleurs et leurs mains crochues. La molle brise qui souffle dans leurs noires écailles a des senteurs de pourriture. Les sorcières cachent le bas de leur corps qui se termine en pattes de grenouille, dont les pentacles palmés écrasent les esprits. Ces montres ont un nom terrible : les Drogues.

Pour s'évader du réel, trop lourd, trop torturant, l'homme ordinaire s'enivre à la source de l'alcool. Les hommes plus subtils boivent aux fontaines ironiques de l'opium, de la coca, de la morphine, et à leurs innombrables soeurs mornes. Mais l'éther des pharmaciens n'est pas l'éther des Dieux. L'un procure une saoûlerie mortelle, l'autre est l'océan des ivresses infinies.

Les Drogues incontestablement, peuvent obtenir d'âpres résultats hallucinatoires. Elles se haussent parfois jusqu'aux cimes de la Quatrième dimension mais les coeurs qu'elles transportent dans leur houle n'ont pas reçu le baiser du Styx : ils sont vulnérables et les foudres du ciel supérieur les frappent. Folie, Désespoir, Déchéance, ces trois masques de Satan guettent les imprudents navigateurs.

Satan ne peut triompher que si l'homme jette dans la boue sa propre couronne : la possession de soi. Les énergies internes ont une force illimitée, mais les passions basses ravagent tout comme un torrent de laves, les passions hautes transfigurent tout comme la flamme de Jéhovah. Notre maîtrise consciente consiste à transformer, alchimiquement le plomb terrestre en or séraphique.

L'âme de l'homme est triple comme le trident de Neptune. Le conscient se tient au centre, dans une auréole de clarté et de volonté, au dessous pullule l'inconscient animal, comme une mare pleine de larves férocement titaniques et au zénith plane, dans un large bruit d'ailes, le supraconscient, la sphère de cristal qu'habitent les archanges.

L'erreur de la plupart des esthètes en quête d'Inédit est de confondre la mare visqueuse avec la sphère exaltante, l'inconscient animal avec le supraconscient divin. Ces esthètes font des plongées admirables au fond d'eux mêmes et s'ébattent dans un grouillement de météores de boue. Ils font jaillir les fusées du sexe, du scatologique et du vulgaire, et si des étincelles d'or les poignardent, elles proviennent de l'esprit supérieur, qui se meut perpétuellement, comme se meuvent les astres.

Contemplez plutôt Paul Valéry : il respire, salamandre condensée, dans la lucidité des flammes parfaites.

Certes, la poésie, l'aigle des neiges, peut aussi bien raser le sol que se fondre dans le délire des brumes et des mers, cependant elle ne souffre aucune bassesse. Attention à la pieuvre qui se traîne dans des crachats.

L'essentiel pour le poète est d'avoir l'appétit de la grandeur ou le trouble du mystère. Le mariage de ces deux forces compose l'escarboucle de Merlin qui brille habituellement au front du génie. Rejetons les petitesses du monde cubique. Nourrissons nous de sublimes pensées et de célestes enthousiasmes. L'inspiration viendra, immense, multicolore, irrésistible, comme la mer, à l'heure de la marée, brise ses portes.

Mais tourner entièrement le dos à la conscience est une erreur aux proportions de démence. Nous risquons alors de choir dans la tourmente bestiale, celle qui règne au coeur des fauves ou aux ganglions des insectes. Nous commettons la déviation fatale. La fusée, au lieu de bondir vers les astres, s'écrase sur les rocs de la terre. Le conscient doit être, non détruit, mais transcendé. C'est la première marche de l'escalier, dont la vrille ascendante troue le zénith.

BROUSSE François, Le Manifeste de la Quatrième Dimension,
Éd. La Neuvième Licorne, Vitrolles, 2008, page 9-11

mardi 21 avril 2009

Les Secrets kabbalistiques de Victor HUGO

Quand je ne serai plus, on verra qui j'étais. (V. Hugo)

Alexandrin curieux, gonflé d'orgueil surhumain, d'un orgueil de prophète qui tient sous sa large serre le chamois de l'avenir. Mais Hugo, le rapace des cimes, a parfois des zigzags bizarres, des cabrioles déconcertantes. Dans sa barbe de Moïse, il aime dissimuler le rire de Rabelais. On discerne par intervalles dans les yeux fulgurants du mage, l'éclair malicieux de l'humoriste.

Secrets_HugoPersonnalité prodigieuse, centaure de l'infini, Janus de l'incroyable, sirène de l'océan des cieux, sphinx tétramorphe couché au bord des gouffres, tel apparaît ce maître indéchiffré où tous les fleuves de l'inspiration font confluer leurs flots aux tumultes de gloire et de ravissement.

Il convient d'abord de déterminer qu'il se croyait prophète, et qu'il l'était réellement dans toute l'ampleur du terme. L'alexandrin solitaire, cité plus haut, s'explique de façon grandiose et naturelle. Hugo savait que les prophéties majeures de son œuvre ne s'accompliraient, dans la fermentation humaine, qu'après sa mort. Il sollicitait les intelligences futures de comparer le cri et l'écho, le flambeau et le reflet, la prédiction et sa cristallisation dans le clair alambic de l'histoire.

Je me contenterai de deux textes, pour montrer la certitude du poète, immensément conscient de sa vision surnaturelle des avenirs planétaires. Le premier texte sera pris dans Les Odes et ballades, le recueil de l'enfant sublime, où le colibri géant ouvre déjà des ailes capables d'ombrager les siècles, et fait en chantant frissonner l'irisation féérique de son plumage. Le deuxième texte sortira du recueil posthume intitulé Océan, vastitude inouïe où se tordent comètes et constellations, spirale d'ombre et de flamme qui menace de trouer l'infini.

L'ode quatorzième du cinquième livre (peut-être, ces nombres ont-ils dans la pensée de Hugo une signification transcendante) nous présente des « Actions de grâces » dont la suavité tragique évoque l'auteur de l'Apocalypse.

L'oeil tourné vers le ciel je marchais dans l'abîme ;
Bien souvent, de mon sort bravant l'injuste affront,
Les flammes ont jailli de ma pensée intime,
Et la langue de feu descendit sur mon front.
Mon esprit de Pathmos connut le saint délire,
L'effroi qui le précède et l'effroi qui le suit ;
Et mon âme était triste, et les chants de ma lyre
Etaient comme ces voix qui pleurent dans la nuit.

Textes aux profondes résonances, où se mêlent l'aspiration en flammes montantes, l'inspiration en langues de feu descendant des sphères métaphysiques, le délire prophétique de saint Jean, qui a traversé le jeune Hugo comme l'ouragan d'Afrique berce un platane méditerranéen. La nuit de l'inconscient, ou plutôt du surconscient, enveloppe la lyre prédestinée...

Hugo, vers la fin de sa vie, croyait être l'incarnation de l'évangéliste que le Christ aimait entre tous les humains. Dès le commencement de sa vie, le poète avait pressenti ce magnifique accomplissement. Toutefois, il est quelque chose de plus vaste que la résurrection de saint Jean, il est l'homme-orchestre, l'homme-soleil, l'homme-cosmos, Victor Hugo.

S'analysant lui-même, et, par contre-coup analysant l'humanité, le mage déclara dans « Post-Scriptum de ma vie » :

''Comme l'antique Jupiter d’Egine à trois yeux, le poète a un triple regard, l'observation, l'imagination, l'intuition. L'observation s'applique plus spécialement à l'humanité, l'imagination à la nature, l'intuition au surnaturalisme.
Par l'observation, le poète est philosophe et peut-être législateur, par l'imagination il est mage et créateur, par l'intuition, il est prêtre, et peut-être révélateur.
Révélateur de faits, il est prophète ; révélateur d'idées, il est apôtre. Dans le premier cas, Isaïe, dans le second cas, saint Paul.
''

De l'enfance à la vieillesse, la conviction intime d'être prophète colora la pensée de Hugo d'une surnaturelle lumière. Maître du temps, il savait qu'après sa mort, ses prédictions survoleraient la Terre et l'histoire. Mais il avait compté sans l'aveuglement naïf des fanatismes. Les bigots de l'Eglise Catholique admettent tout au plus les prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les grandes haleines divinatrices en dehors de ces murailles emplissent les croyants vulgaires d'une stupéfaction horrifiée. Quoi ! Comment ! un anticlérical, un poète en révolte, a osé prédire et ses prédictions se sont matérialisées dans le musée vivant des siècles ! Quel scandale ! C'est impossible, ou démoniaque ! Faisons silence sur ce phénomène monstrueux !

Les autres, les prêtres froids de la science athée, ne daignent même pas tourner la tête. Le monde obéit à un déterminisme rigoureusement absolu. Par l'observation et la raison, ces deux mains glacées de l'intelligence, nous saisissons le réel. L'intuition, l'imagination, facultés folles, louves errantes, qu'il faut à tout prix enchaîner ! Elles conduisent à l'erreur, à l'illusion, à la chimère. Elles n'arrivent jamais, sinon par hasard, à lever le voile de l'avenir...

Les pontifes de la matière et les papes de la tradition sont d'accord contre l'esprit de prophétie aux chevelures de flammes. Ils ferment énergiquement les yeux pour ne pas voir passer la comète, vagabonde de l'infini.

Enfin, troisième groupe, les négateurs à la page. Ils n'ignorent pas la force universelle du prophétisme. Ils savent que les divinations abondent à l'intérieur et à l'extérieur des religions, comme les oiseaux qui vivent dans les montagnes et hors des montagnes. L'existence du corbeau ne supprime pas celle du cormoran. Mais justement le troisième groupe rejette les prophéties de Hugo. Comment admettre que cet enthousiaste socialiste, ce démagogue ingénu, ait gravi l'échelle intérieure de Jacob, les degrés du haut desquels on contemple l'immense plaine du futur ?

BROUSSE François, Les Secrets kabbalistiques de Victor Hugo
Ed. La Licorne Ailée, 1985, p. 7-10

lundi 6 avril 2009

Péhadrita parmi les étoiles (Extrait)


Roman fantastique de François Brousse

Péhadrita voguait de révélation en révélation. Le séjour parmi les hommes oiseaux lui plaisait infiniment. Ils se pressaient autour d'elle avec une curiosité amicale, les petits bondissant, les adultes et les vieillards pleins de sourire. Ce peuple unissait à un sens aigu de l'humour une bienveillance inaltérable. Eor, le cicerone de Péhadrita, lui montra les enclos où l'on cultivait le blé vénusien, la nourriture sacrée. De très hauts plateaux qui s'étendaient pendant des lieues et que recouvrait une carapace de matière transparente. Sous cette carapace, à l'abri des orages démesurés, foisonnaient vertigineusement des épis immenses, gros comme des pommes terrestres. L'homme oiseau et la Myrrhaenne, tels de bizarres insectes, vinrent s'abattre sur une vitre, Péhadrita ne pouvait se lasser de contempler l’océan roux, immobile, des blés géants, sous l'écran de cristal. Eor expliqua comment ces puissantes céréales provenaient d'une sélection intensive, dirigée pendant des siècles par l'intelligence des Vénusiens.

pehadrita_faceLes hommes oiseaux, dit Eor, possèdent un avantage inappréciable sur les autres règnes de la planète : ils se nourrissent uniquement de graines. Tandis que les dinosauriens dévorent la chair palpitante qui écrase leur cerveau, nous savourons des aliments purs. Ainsi notre destinée n'a pas à supporter le poids des souffrances animales, que la Justice Absolue renvoie sur leurs auteurs. Plus tard, dans quelques milliers d'années, nous pourrons tirer directement des radiations solaires les forces nécessaires à la vie. En attendant, nous nous délectons avec gourmandise de nos épis au goût délicieux.

– Les Myrrhaens, fit observer Péhadrita, ont atteint déjà le stade où l'on puise les énergies vibrantes de l'espace.

– Oui, dit en méditant Eor, votre race au point de vue matériel dépasse la nôtre. Votre corps paraît intermédiaire entre la matière pesante et l'éther subtil. Mais peut être possédons-nous une connaissance plus grande des secrets divins.

Péhadrita sut plus tard comment les hommes-oiseaux avaient découvert les plus hautes réalisations techniques, fabriqué des astronefs capables de les conduire jusqu'aux frontières du système solaire, et donné à leurs organismes une santé parfaite. Cependant la technique les intéressait médiocrement. Ils préféraient cultiver leur vie intérieure, s'adonner au mystère le plus échevelé, à la métaphysique ardente, et surtout à l'extase divine de l'Art. Chez eux, pullulaient musiciens, peintres, sculpteurs, poètes. Comme disait Eor, au lieu de perdre leur temps à détruire des planètes par explosions atomiques, ils aimaient mieux chercher dans leur coeur le point vital où l'âme individuelle rejoint l'âme universelle. Ils avaient pour la vie un respect total, an point de ne jamais tuer même un insecte. Comme les Myrrhaéens, les hommes oiseaux admettaient une évolution incessante allant de la pierre à Dieu, et faisant de tous les êtres les maillons d'une chaîne fraternelle.

(...)

Eor et Péhadrita aimaient se promener ensemble dans la pure atmosphère, tandis que la voûte des nuages moutonnait lumineusement au dessous d'eux. Entre l'homme oiseau et l'étrangère de Myrrha des liens pleins de douceur se tissaient chaque jour. Aucune union charnelle n'était possible entre deux créatures aussi dissemblables. Mais la délicieuse corde sentimentale vibrait mélodieusement, comme la fibre tendue d'un violon de songe. Une amitié amoureuse, d'ordre platonique, enveloppait de ses mailles blondes ces deux âmes d'élite.

Péhadrita disait les souvenirs de sa planète merveilleuse, les cinq soleils multicolores dans la gloire des cieux, les forêts de fleurs larges abandonnant aux brises leurs vertiges, les voyages aériens des Myrrhaennes... Elle conta son égarement, et sa lutte contre les monstres de l'espace, et sa rencontre avec l'homme papillon, et les prodiges entrevus sur Mercure. Eor, durant tous ces récits, demeurait pensif.

– Je ne comprends pas, lui dit-il un jour, la prophétie de l'homme papillon. La clef de ton retour se trouverait sur la Terre ? Or, cette planète n'a pas les connaissances de Mercure, ni de Mars, ni de Vénus. C'est un astronef émané de Vénus qui apporta aux hommes singes de la Terre, il y a quelques millions d'années, les rudiments de l'éternelle Sagesse. Seules, une lignée d'initiés terriens a compris le message et se transmet le divin flambeau. Des lois aussi évidentes que la Réincarnation restent ignorées de la masse des humains, dont la folie va d'un matérialisme grossier à des religions absurdes. La formule de l'Amour universel demeure lettre morte pour ces malheureux. Quand les maîtres vénusiens débarquèrent sur la Terre, ils apportaient des grains de notre nourriture sacrée, le blé. Grâce à Vénus, les Terriens mangent du froment, mais la plante supérieure a dégénéré dans leurs mains. Elle a perdu la grandeur et la splendeur qui la décorent ici ! Les Terriens viennent à peine de désintégrer, partiellement l'atome, et l'on craint que leurs passions belliqueuses ne fassent de cette découverte inouïe l'instrument de leur suicide.

BROUSSE François, Péhadrita parmi les étoiles
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1983, page 24-26

lundi 9 mars 2009

ESCALIBUR


le_chant_cosmique_de_merlin Parmi la cathédrale.
En brûlantes spirales,
Dames et chevaliers priaient devant l'autel.

Sous les terribles casques,
Sous le ruban soyeux,
Étincelaient des yeux
Pleins de durs tourbillons ou de rêves fantasques.

Le visage des saints
Regardait vers les astres.
Parmi les hauts pilastres,
L'encens irradiait ses lunaires coussins.

Les vitraux, lourds d'extase,
Versaient avec amour
Un tremblant demi jour
Qui transformait les coeurs en séraphiques vases.

Vases faits de clartés
Où brûlent les dictames.
Dans la joie et les flammes,
Les étoiles, là haut, rythment l'éternité.

Comme ils priaient, contrits
Sous l'orgue nostalgique,
Vibra la Voix Magique :
« Demain viendra le Maître élu par Jésus Christ »

La Voix Surnaturelle
Répéta sous la nef,
« Demain viendra le chef
Qui calmera la Terre et règnera sur elle. »

Sous ce cri de victoire,
Tremblaient les assistants
Comme, sous l'âpre autan,
La mer se bouleverse au pied des promontoires

Le lendemain, quand l'Aube
Ouvrit, sur l'or des toits,
Ses grands yeux qui chatoient,
Tandis qu'elle couvrait l'océan de sa robe,

Sur la Place, occupée
Par le peuple en prière,
On vit, sur l'ample pierre,
Une enclume de fer où plongeait une épée.

D'où venait cette enclume ?
D'où venait ce rocher ?
Quels cieux effarouchés
Couvèrent cette épée que la gloire consume

Sur la pierre profonde
Ces mots, dans une aura :
« Celui qui ôtera
De l'enclume l'épée, sera le roi du monde ! »

Éclaboussés d'orgueil
Comme d'un sang sauvage,
Les Nobles, pleins de rage,
Se pressèrent autour du formidable seuil.

Mais en vain leurs mains fortes
S'épuisaient sur l'épée.
D'abîme enveloppée,
L'enclume restait close ainsi qu'une âpre porte.

Ô flots de désespoir,
De sueur et de honte,
Sans que le glaive monte
Même d'un cheveu frêle au dessus du bloc noir !

Abandonnant la lutte,
Les mains ensanglantées,
De dépit se heurtaient
Sous les nuages clairs qui roulaient leur volute.

Du peuple souriant
Fusaient les moqueries
Tandis qu'en pierreries
Étangs, fleuves et mers reflétaient l'Orient.

La Terre entière prise
Dans les rayons câlins,
Alors parut Merlin
Sous son manteau de pourpre où les reflets s'irisent.

« Hauts Seigneurs, dit le Mage
Ruisselant de vertus,
Voici le jeune Artus
Qui pour vaincre le fer a roidi son courage

Permettez à ces mains
Toutes pures et neuves,
De hasarder l'épreuve :
Le pas de l'inconnu sonne sur nos chemins ... »

Un rire dérisoire
Répond au roi des fées.
Les barons stupéfaits
Devant le mince Artus remâchent leur déboire.

Claquant leurs éperons
Dédaigneux, ils détaillent
Cette fluette taille,
Ce pauvre adolescent qui brave les barons

Palpitante hirondelle
Dans la fureur des vents,
Artus blêmit, levant
Son front que prédestine une perle immortelle.

Mais du peuple, soudain,
Monte une clameur vaste,
Son souffle enthousiaste
Courbe comme roseaux le Noble et son dédain.

« L'aventure le tente,
S'exclament les truands
Place au nouveau géant,
Dieu veuille lui donner la couronne éclatante ! »

Merlin dit: « Ô mon fils,
Ta victoire est certaine
Saisis l'épée hautaine,
Sois comme un Pharaon qui rentre dans Memphis ! »

Le damoisel, qu'enflamme
Un rayon souverain
Prend la poignée d'airain
Et de l'altière enclume il retire la lame.

L'épée, heureuse et libre
Jette un éclair, pareil
A l'éclat du soleil
Quand sous ses talons d'or le sombre océan vibre.

Un geste solennel
Lève l'épée hagarde.
Merlin, joyeux, regarde
La grande Escalibur qui pointe vers le ciel

BROUSSE François, Le Chant cosmique de Merlin
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1995, page 45-50

jeudi 5 mars 2009

DÉSENCHANTEMENT


le_refrain_de_l_absoluJ'ai promené mes noirs chagrins
Par les tragiques boulingrins
J'ai mené ma mélancolie
Sous les étoiles de Kali,

Je sème un désenchantement
Dans le délire des amants,
L'homme actuel est moins rapide
Que les archaïques gépides.

L'athée, éternel ignorant
N'est qu'un onagre délirant
Ô genre humain, je désespère
De trouver en toi la lumière.

Heureusement les grands mystiques
M'apportent la splendeur unique !

12 mars 1995

BROUSSE François, Le Refrain de l’absolu
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 2001, page 173

jeudi 15 janvier 2009

Par le soupirail du rêve

Le rêve est une des faces les plus étranges de l'énigme humaine. Comme le visionnaire, debout près de la mer, entrevoit dans le clair-obscur mystérieux des eaux, de vagues formes de lumière, le penseur en fouillant les profondeurs troubles du rêve, distingue un monde surnaturel traversé d'êtres prodigieux. C'est l'écrin de l'abîme qui s'entrouvre, offrant des bijoux imprécis et étincelants. L'inattendu, l'incompréhensible, l'inouï flottent dans cette brume magique. De tous temps, le gouffre du songe, ouvert au-dessus des têtes humaines, attira leurs regards. De tous temps des chercheurs hagards s'enfoncèrent dans la nuit. Les religions antiques contemplaient le Rêve, ce dieu profond aux yeux mi-clos, et dont les tempes sont ornées d'ailes subtiles. Faisons comme elles.

par_le_soupirail_du_reveJe remarque d'abord que le rêve est d'une puissante permanence. Mon exemple m'a démontré que tous les sommeils vibrent du long passage des rêves. Sans doute les images de la nuit ne se présentent pas chaque matin à la mémoire, seulement, même lorsque m'échappe le contenu du rêve, je me souviens d'avoir rêvé. Beaucoup de personnes n'ont pas cette sensation ; elles voient leur sommeil comme un tableau noir sans aucune des figures bizarres que tracent les songes. Elles s'illusionnent. Leur mémoire onirique n'existe pas, voilà tout. Qu'elles se fassent réveiller brusquement, elles s'apercevront qu'à l'instant de leur réveil la dernière image d'un songe emplit leur pensée. Il est du reste facile d'évoquer le souvenir des rêves. Il suffit de saisir la première idée qui se présente au sortir du sommeil, et de tirer sur ce fil vague et frémissant. On verra peu à peu surgir des gouffres oubliés - des poissons bizarres, des monstres qui se tordent, qui jettent le reflet de leurs écailles fantasmagoriques. La première idée du jour est la dernière idée des ténèbres, il suffit de rechercher sa provenance pour que les rêves ensevelis sortent de leur obscurité. Un peu de patience, et le voile d'Isis se lèvera. Nous rêvons dans la nuit comme nous percevons dans le jour. Ce sont deux activités aussi permanentes l'une que l'autre. C'est là une première constatation, essentielle.

Une autre, non moins essentielle, c'est le vigoureux sentiment de réel qui se trouve au fond de tous les rêves. Alors que l'imagination ne présente, en général, que des formes abstraites, vides, dépourvues de toute substance vivante, le rêve nous impose ses créations avec autant de souveraineté que l'univers matériel.

À l'état de veille, nous distinguons fort bien nos images mentales, si fragiles, du bloc tyrannique du monde. Dans le sommeil, les images mentales remplissent tout et sont les seules réalités. La fumée s'est faite granit. Les formes les plus abracadabrantes, les situations les plus hurluberlues, les monstres les plus hétéroclites nous paraissent parfaitement plausibles, normaux, bourgeois. Dans l'extravagant mystère des songes, le sentiment de l'invraisemblance s'anéantit.

Non seulement tout devient possible, mais tout semble réel. Le rêveur ne s'aperçoit pas du sceau déconcertant des rêves, et les rêves s'imposent à lui avec une fougue irrésistible. Il ne peut pas plus se soustraire à un objet rêvé qu'à un objet perçu. L'existence d'un arbre-songe lui paraît aussi évidente que celle d'un arbre sensoriel. Un hippopotame de rêve dégage le même sentiment de réalité qu'un hippopotame vivant. Celui qu'un cauchemar enferme dans un caveau souterrain ressent la même résistance et la même angoisse que si des pierres inébranlables l'entouraient matériellement. Comment expliquer ces deux constatations permanence et parfum de réalité ?

BROUSSE François, Par le soupirail du rêve
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1996, page 13-15

samedi 18 octobre 2008

Le Poème de la Terre

Le_poeme_de_la_terre_72.jpgAU COMMENCEMENT

Des millions de millions d'êtres énormes
Avaient roulé parmi l'abîme, en mugissant.
Leur matrice enfanta des animaux pensants
Avant d'aller où vont les mondes qui s'endorment.

Dans le vide farouche où rien n'avait de forme,
Ni le soleil dardant son front éblouissant,
Ni la lune aux yeux d'or, ni l'azur frémissant,
Le Feu Primordial tordait ses bras difformes.

Dans l'éclaboussement abyssal des rayons
Qui laissaient dans l'éther pendre leurs larges mailles,
Les atomes ardents mêlaient leurs bataillons.

En une formidable et divine bataille
Les flammes emplissaient les firmaments géants
Et l'Esprit du Seigneur flottait sur l'océan.

BROUSSE (F.), Le Poème de la Terre, Imprimerie de Gabelle, Carcassonne



Dans Le Poème de la Terre (1938, 35 sonnets dédiés à la Terre vivante) – premier livre publié de François Brousse par lequel il se fait connaître, sa carte de visite –, il explicite les étapes de la la création énorme et son but ultime avec des sonnets comme « Les réincarnations », « Les génies », « L’idée de Dieu. » L’auteur commente lui-même « Les réincarnations » : « Un tel sonnet renferme les doctrines découvertes par les sages de toutes religions, le minerai pur de la Vérité. Transmigration des âmes, loi du Karma qui courbe les univers, enfin progrès infini de la personnalité indestructible dans la vie sans limites ... » :

e_poeme_de_la_terre_2Quel souffle, pétrissant l'humanité barbare,
L'entraîne malgré tout vers des buts solennels ?
Quelle main remplaça sur les puissants autels
L'âcre sang du taureau par le doux miel des jarres ?

L'âme, éternel flambeau, revêt des corps mortels
Que la tombe dévore et que le nid prépare ;
Quand leurs pas rebellés dans les ombres s'égarent,
Une lance de feu dompte les criminels.

Nos fautes, franchissant le sépulcre difforme
Dans les nouvelles vies nous suivent âprement,
La douleur nous instruit, la pensée nous transforme,

L'Idéal nous remplit de son vin écumant.
Nous allons, à travers de triomphants désastres,
Gravissant pas à pas le dur sentier des astres.

BROUSSE François Œuvres Poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986

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Cet ouvrage fera l’objet de présentations renouvelées de la part de critiques éminents appartenant au milieu littéraire local :

Le souffle épique atteint son maximum d'ampleur dans Le Poème de la Terre que d'aucuns ont comparé à De Natura Rerum . Entreprise unique dans l'histoire littéraire de la France ! Chanter la vie du Globe, les âges géologiques, puis, plonger hardiment les yeux dans l'avenir de l'homme et du cosmos ! Programme immense. Il fallait l'aide de la science, de la philosophie, de la poésie. Cette rencontre s’est réalisée. Auparavant, Sully Prud’homme avait bien tenté quelque chose d'analogue, mais il échoua. François Brousse, lui, a réussi. Le fin poète du « Vase Brisé » ne possédait pas l'imagination débordante que l’on trouve dans Le Poème de la Terre. Une autre gageure de ce livre étrange, c'est d'enfermer, dans des sonnets impeccables, tout le bouillonnement des forces universelles, toute la marche de la vie, toute l'apothéose de l'homme. Phénomène de condensation véritablement unique ! Enfin, l'épopée du Globe, vue par François Brousse, fait intervenir l'action des invisibles, des morts, des réincarnations, des naissances divines. L'attrait du mystère enveloppe cette œuvre dont la charpente est solidement scientifique. (Espeut (R), "François Brousse, le poète aux cent visages, 1954")


Que dire encore sur Le Poème de la Terre ? J’entends la voix sonore d’Antoine Orliac qui hier, s’adressant à moi, et posant une main sur l'épaule de François Brousse : « Enfin, voici un vrai poète ! » Et encore, Frédéric Saisset, après avoir lu Le Poème de la Terre me disait également : « François Brousse est surprenant ; si mon regretté ami, J.-H.Rosny vivait, lui qui adorait les livres de préhistoire, serait ravi à la lecture de celui-ci. » Ces appréciations d’écrivains éminents se passent de commentaires. (Janicot (A.), Madeloc, N°37, oct. 1955).

Extrait de la biographie sur F. Brousse par Wenger J.-P., François Brousse l'Enlumineur des mondes, éd. Danicel, 2005
http://www.danicel.com/brousse-biographie/index.htm

Poème_de_la_terre_Avignon

Représentations

. 6 mars 1999 – Création à Montpellier
. 2 octobre 1999 à Pantin
. 16 octobre 1999 à Voisin-le-Bretonneux
. 4 mars 2000 à Saint-Maur – 3ème prix du festival
. 13 mars 1999 à Roinville
. 22 mars 1999 au festival théâtral de Suresnes
. 10 avril 1999 à Saint Maur
. 13 mai 1999 à Maisons-Laffitte
. 24 au 31 juillet 1999 – festival-Off d’Avignon

Dossier de Presse de la Compagnie de l'Etoile