Deux routes s'ouvrent devant l'hypothèse humaine : le retour éternel ou la conquête de l'immortalité. Retour éternel, dogme granitique de Zénon et de Nietzsche, ce qui veut dire souffrir perpétuellement après des alternances de repos, les mêmes souffrances terrestres. On recommencera sans arrêt notre vie. Après la destruction de la Terre, d'inexorables lois reconstruiront, dans quelques millions d'années, une Terre nouvelle, absolument semblable à l'ancienne. Et des flots d'êtres jailliront, à l'image absolue du passé : Socrate reboira la ciguë, Brutus se suicidera, Jésus sera crucifié, Giordano Bruno sera brûlé encore... Nous repasserons par les mêmes angoisses et les mêmes sottises. Eternellement. Sans l'espérance d'un impossible néant. Les Stoïciens et Nietzsche ont pétri le globe avec des feux démoniaques... Heureusement les portes de l'immortalité restent ouvertes. Zoroastre arrêtait dans le futur éternel le cercle insensé des mondes. Mais seuls les bons jouissaient d'un bonheur sans limites. Le néant dévorait les méchants. L'Inde, plus profonde, dessine l'évolution des âmes, qui, de monde en monde, tendent vers la perfection. Tous les êtres seront sauvés, depuis l'atome jusqu’au Soleil. Par le chemin des réincarnations, c'est le salut cosmique. La Rose Croix, enfin, montra le Paradis au bout du tunnel.

François BROUSSE, BMP N° 113-114, juin-juillet 1993
Sub Rosa, éd. La Licorne Ailée