Le_poeme_de_la_terre_72.jpgAU COMMENCEMENT

Des millions de millions d'êtres énormes
Avaient roulé parmi l'abîme, en mugissant.
Leur matrice enfanta des animaux pensants
Avant d'aller où vont les mondes qui s'endorment.

Dans le vide farouche où rien n'avait de forme,
Ni le soleil dardant son front éblouissant,
Ni la lune aux yeux d'or, ni l'azur frémissant,
Le Feu Primordial tordait ses bras difformes.

Dans l'éclaboussement abyssal des rayons
Qui laissaient dans l'éther pendre leurs larges mailles,
Les atomes ardents mêlaient leurs bataillons.

En une formidable et divine bataille
Les flammes emplissaient les firmaments géants
Et l'Esprit du Seigneur flottait sur l'océan.

BROUSSE (F.), Le Poème de la Terre, Imprimerie de Gabelle, Carcassonne



Dans Le Poème de la Terre (1938, 35 sonnets dédiés à la Terre vivante) – premier livre publié de François Brousse par lequel il se fait connaître, sa carte de visite –, il explicite les étapes de la la création énorme et son but ultime avec des sonnets comme « Les réincarnations », « Les génies », « L’idée de Dieu. » L’auteur commente lui-même « Les réincarnations » : « Un tel sonnet renferme les doctrines découvertes par les sages de toutes religions, le minerai pur de la Vérité. Transmigration des âmes, loi du Karma qui courbe les univers, enfin progrès infini de la personnalité indestructible dans la vie sans limites ... » :

e_poeme_de_la_terre_2Quel souffle, pétrissant l'humanité barbare,
L'entraîne malgré tout vers des buts solennels ?
Quelle main remplaça sur les puissants autels
L'âcre sang du taureau par le doux miel des jarres ?

L'âme, éternel flambeau, revêt des corps mortels
Que la tombe dévore et que le nid prépare ;
Quand leurs pas rebellés dans les ombres s'égarent,
Une lance de feu dompte les criminels.

Nos fautes, franchissant le sépulcre difforme
Dans les nouvelles vies nous suivent âprement,
La douleur nous instruit, la pensée nous transforme,

L'Idéal nous remplit de son vin écumant.
Nous allons, à travers de triomphants désastres,
Gravissant pas à pas le dur sentier des astres.

BROUSSE François Œuvres Poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986

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Cet ouvrage fera l’objet de présentations renouvelées de la part de critiques éminents appartenant au milieu littéraire local :

Le souffle épique atteint son maximum d'ampleur dans Le Poème de la Terre que d'aucuns ont comparé à De Natura Rerum . Entreprise unique dans l'histoire littéraire de la France ! Chanter la vie du Globe, les âges géologiques, puis, plonger hardiment les yeux dans l'avenir de l'homme et du cosmos ! Programme immense. Il fallait l'aide de la science, de la philosophie, de la poésie. Cette rencontre s’est réalisée. Auparavant, Sully Prud’homme avait bien tenté quelque chose d'analogue, mais il échoua. François Brousse, lui, a réussi. Le fin poète du « Vase Brisé » ne possédait pas l'imagination débordante que l’on trouve dans Le Poème de la Terre. Une autre gageure de ce livre étrange, c'est d'enfermer, dans des sonnets impeccables, tout le bouillonnement des forces universelles, toute la marche de la vie, toute l'apothéose de l'homme. Phénomène de condensation véritablement unique ! Enfin, l'épopée du Globe, vue par François Brousse, fait intervenir l'action des invisibles, des morts, des réincarnations, des naissances divines. L'attrait du mystère enveloppe cette œuvre dont la charpente est solidement scientifique. (Espeut (R), "François Brousse, le poète aux cent visages, 1954")


Que dire encore sur Le Poème de la Terre ? J’entends la voix sonore d’Antoine Orliac qui hier, s’adressant à moi, et posant une main sur l'épaule de François Brousse : « Enfin, voici un vrai poète ! » Et encore, Frédéric Saisset, après avoir lu Le Poème de la Terre me disait également : « François Brousse est surprenant ; si mon regretté ami, J.-H.Rosny vivait, lui qui adorait les livres de préhistoire, serait ravi à la lecture de celui-ci. » Ces appréciations d’écrivains éminents se passent de commentaires. (Janicot (A.), Madeloc, N°37, oct. 1955).

Extrait de la biographie sur F. Brousse par Wenger J.-P., François Brousse l'Enlumineur des mondes, éd. Danicel, 2005
http://www.danicel.com/brousse-biographie/index.htm

Poème_de_la_terre_Avignon

Représentations

. 6 mars 1999 – Création à Montpellier
. 2 octobre 1999 à Pantin
. 16 octobre 1999 à Voisin-le-Bretonneux
. 4 mars 2000 à Saint-Maur – 3ème prix du festival
. 13 mars 1999 à Roinville
. 22 mars 1999 au festival théâtral de Suresnes
. 10 avril 1999 à Saint Maur
. 13 mai 1999 à Maisons-Laffitte
. 24 au 31 juillet 1999 – festival-Off d’Avignon

Dossier de Presse de la Compagnie de l'Etoile