Un passereau
Aimait une passerelle,
Toute petite, toute frêle,
Riante sous ses longs cheveux d'eau...

Et le soupirant passereau
Lui serinait sa ritournelle
Depuis la perle de l'aube jouvencelle
Jusqu'au couchant couronné de flambeaux.

Je t'adore, ô belle des belles,
Ton image est pour moi le plus doux des fardeaux,
Mais j'ai beau voltiger sur ton dos mirabelle,

Dès le matin, à tire d'aile,
Jusqu'à ce que la nuit me tire son rideau,
Tu n'as pour moi qu'un coeur de bourreau,
Ou plutôt de bourrelle.

Hélas ! un jour le pauvre passereau
Se pencha sur les yeux de la passerelle
Et se noya dans ce beau regard d'eau
Que traverse une flamme cruelle.

Mais avant de mourir le passereau
Connut la joie surnaturelle
De posséder la passerelle.

Et depuis lors les tendres tourtereaux
Disent aux royales tourterelles :
Aimons nous, comme le Passereau,
Jadis, aima la Passerelle...

BROUSSE François, De l’autre Cygne à l’un, Dans Œuvres poétiques – Tome 2, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 305