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Alors, pour revenir à L’Apocalypse, elle nous annonce que tout est soumis au chiffre « 7 » et que le chiffre 7 doit aboutir à une transformation énorme. Il y a sept périodes dans le monde et nous sommes actuellement dans la septième qui doit se terminer par une énorme culbute. Cette période est dominée par la figure grandiose de la grande Prostituée. Cette grande Prostituée, c’est la grande ville qui règne sur tous les rois de la Terre. Elle est assise sur sept collines et on a compris tout de suite qu’il s’agissait de Rome, pas simplement de la vieille Rome de l’Empire : la Rome non plus physique mais religieuse. Il s’agit d’une doctrine religieuse qui a son siège dans Rome, il s’agit par conséquent du catholicisme. Or le catholicisme est encore un des éléments essentiels de l’activité du monde actuel. Le Pape a un rôle formidable et en même temps un retentissement étonnant.

À côté du Pape, la ville aux sept collines représente tout autre chose que le catholicisme. Elle représente le totalitarisme sous toutes ses formes, le totalitarisme aussi bien de droite que de gauche dans lequel on supprime toute personnalité pour aboutir à se fondre non pas dans l’humanité comme le concevra la religion future mais dans une nation ou dans une race ou même dans une religion. Le propre de la doctrine totalitaire, représentée par la grande Prostituée qui domine tous les rois de la Terre, c’est l’obéissance. Sitôt que l’on parle d’obéissance absolue et de destruction complète de l’individualité, on aboutit à l’Antéchrist, c’est-à-dire au courant noir et destructeur qui combat le courant lumineux et qui mène l’humanité vers l’anarchie, la mort, l’anéantissement et vers le règne de la Bête. C’est ce que saint Jean appelle le règne de la Bête. Or le règne de la Bête est bien l’état d’âme de la bête, l’état d’âme collectif, car l’âme de la bête est surtout une âme collective et en même temps la suppression de toute liberté humaine, de toute grandeur intellectuelle humaine. Selon Porphyre il faudrait pour arriver à l’illumination, il faut être à la fois poète, métaphysicien et en même temps un Juste et un être plein d’amour pour l’humanité ; c’est à ce moment-là, quand on aura réuni en soi ces trois soleils resplendissants, que l’on quittera la Terre pour rentrer dans le royaume de l’éternel bonheur et de l’éternelle lumière.

Il y a donc, dans notre ami Jean, une série de prédictions. Nous sommes actuellement dans le règne de la Bête, la grande Prostituée qui règne sur tous les rois de la Terre. Que va-t-il se produire ? Eh bien, il se produit que les dix nations qui composent actuellement l’humanité vont se dresser contre la Prostituée. Nous allons d’ailleurs voir ceci.

Ils combattront contre l’agneau mais l’agneau les vaincra parce qu’il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois et ceux qui sont avec lui sont les appelés, les élus et les fidèles (Apocalypse, Chap. 17, verset 14)

L’agneau est le Maître absolu de l’univers, c’est le Verbe éternel. L’agneau sur le plan kabbalistique est le même type qu’Agni, Agni le feu universel qui est le feu de l’intelligence comme le feu de la vie, le feu de l’amour sous ses formes les plus hautes. Sous ses formes inférieures, c’est le feu ordinaire avec par exemple l’éclair atmosphérique et plus haut, le feu qui brûle dans les entrailles du Soleil et qui nous donne à tous la vie et l’être. L’agneau, c’est Agni, c’est nettement le feu et c’est aussi la sagesse triomphante. Tous les êtres qui vont essayer de combattre l’agneau seront détruits. On peut en trouver déjà trois. Ce que je dis n’est pas un dogme que l’on pourrait appeler simplement effroyablement manichéen. Il y a de faux prophètes et il y a de vrais prophètes, c’est parfaitement vrai mais à l’intérieur des faux prophètes il y a quand même des étincelles de vrais prophètes.

Alors les trois faux prophètes qui dominent la Terre actuellement sont Marx, Nietzsche et Freud. Tous les trois en quelque sorte sont à la base – ils ont apporté beaucoup de vérités – mais ils sont à la base d’une dégradation prodigieuse de l’humanité. Dans cette dégradation, on peut les appeler ceux qui combattent Agni ou l’agneau. L’agneau, c’est l’amour et vous voyez immédiatement que l’amour ma foi, l’amour universel, la non-violence – ce n’est qu’un des aspects de l’agneau mais c’est un aspect essentiel – ne sont guère respectés par Nietzsche le premier, qui affirme la mort de Dieu et déclare que seule la force et la volonté de puissance doivent régir les rapports entre les êtres humains. Cette doctrine a eu beaucoup de succès, notamment parmi les nazis qui en ont fait une partie de leur évangile. Alors, pour lui il n’y a pas d’âme immortelle, il n’y a pas de Dieu, il a proclamé fréquemment encore une fois la mort de Dieu et la seule loi qui existe, c’est la loi du plus fort. C’est une sorte de darwinisme largement dépassé, qui n’est même plus vrai au point de vue de la science officielle.

À côté de cela, vous avez un autre grave destructeur, c’est Marx. Marx qui plein de générosité s’est penché vers la masse mais qui a écouté beaucoup plus la voix de sa raison inférieure plutôt que de sa générosité supérieure. Il prétend que l’univers tout entier est fondé uniquement sur des causes économiques et que les causes économiques sont à la base même de l’évolution des peuples et qu’elles sont pratiquement les seules. Ce qui est faux car il oublie la puissance des idées, il oublie la puissance des passions, il oublie les grands cycles historiques, il oublie l’action des hommes exceptionnels, il oublie si j'ose dire les trois quarts des grandes causes qui expliquent l’évolution du monde. Mais cela flatte singulièrement l’extraordinaire matérialisme des masses. À ce moment-là elles recherchent uniquement – et elles doivent le rechercher – leur bien-être et rejettent comme des idéologies périmées, toute idée transcendante et métaphysique. On aboutit par conséquent à une espèce d’abaissement effrayant, avec cet axiome : « Tout ce qui sert la Révolution est bon et tout ce qui la contredit est mauvais », à travers lequel nous aboutissons à l’exaltation des massacres, des camps de concentration et des génocides, ce que nous avons constaté non seulement dans la Russie de Staline mais encore dans la Chine de Mao et que nous constatons actuellement au Vietnam et au Cambodge. Il y a eu semble-t-il un effroyable abaissement dû, non pas tellement à Marx – il serait plutôt idéaliste bien qu’il lutte avec violence contre « les socialismes utopiques » comme il les nomme aimablement – mais à travers les germes qu’il a jetés sur la Terre, sont nés des arbres aux fruits de mort et de souffrance. On reconnaîtra l’arbre à ses fruits. Avec en même temps la dictature absolue qui aboutit à la destruction de toute indépendance et de toute liberté. L’engloutissement de l’homme à l’intérieur d’une âme multitudinaire, l’âme d’une nation alors qu’il doit se joindre avec amour à l’âme collective de l’humanité.

Il y a également Freud. Freud est bien, il est admirable et je suis obligé de dire d’ailleurs que tous les trois, les trois faux prophètes, sont des prophètes admirables. Mais ce qu’ils ont apporté, qui était propre au Kali-Yuga, a fait un mal terrible parce que les hommes ont voulu prendre ce qu’il y a de destructeur en eux. Et c’est quand même une des bases essentielles de leur doctrine. Alors pour Freud c’est bien simple, nous sommes entièrement dominés par notre inconscient ; or notre inconscient est composé essentiellement d’agressivité et d’érotisme. C’est un excellent moyen pour s’abandonner béatement à tous nos instincts de violence, d’agressivité et d’érotisme. C’est d’autant plus dangereux qu’il supprime pratiquement le conscient. Nous ne sommes plus que des marionnettes entre les mains de forces obscures. Cette doctrine est vraie partiellement mais elle n’oublie qu’une seule chose, c’est que le conscient si petit soit-il est capable de dominer l’inconscient et qu’il n’y a pas de fatalité, pas plus dans l’inconscient que dans la sociologie.

Marx mettait la fatalité dans la sociologie et Freud la met à l’intérieur de l’inconscient. Marx, avec une naïveté à laquelle je rends hommage prétendait que le jeu normal des forces économiques aboutirait à une société sans classe où l’homme s’épanouirait totalement. Il fallait quand même traverser pour cela la Révolution, la dictature du prolétariat et la suppression complète de la classe bourgeoise. Après quoi ce serait le paradis. Ces visions idylliques et naïves sont contredites hélas par les faits et c’est normal puisqu’elles partaient d’une conception fausse, le matérialisme historique. Il n’y a pas de matérialisme historique, il y a une totalité historique à la fois matérielle et spirituelle.

Autre fait inquiétant, ce n’est pas Freud qui l’a dit mais c’est ce qu’on en tire plus ou moins, c’est qu’il est nécessaire de s’abandonner, de ne pas avoir de complexes ; en fin de compte si on supprime les complexes, nous serons parfaitement heureux. Or comment les supprimer ? Eh bien, justement en supprimant un des deux termes. Lui, il supprime le terme supérieur, on s’abandonne en s’abandonnant à l’érotisme intégralement et totalement ; nous aboutissons à la suppression des complexes. Cela peut à l’extrême rigueur se comprendre et on peut l’admettre. Mais attention à la suite ! En s’abandonnant à l’agressivité, on supprime aussi les complexes ; on supprime les complexes mais en supprimant ses voisins et nous aboutissons à la guerre de tous contre tous. C’est une des erreurs je crois plus ou moins doctrinales de Freud. Il a également dit qu’il n’y avait pas d’instinct de perfection car il a vu l’objection qu’on allait lui faire et il a prétendu doctoralement qu’il n’avait pas rencontré dans ses analyses le fameux instinct de perfection. Or, cet instinct de perfection existe ; il a été plus ou moins découvert par Jung et plus encore de nos jours où l’on voit effectivement qu’il y a derrière la sublimation de l’instinct sexuel, un instinct par exemple, religieux ou un instinct esthétique, il y a une force et c’est cette force, cet élan de perfection qui transforme et bouleverse tout. On le savait depuis Platon qui parlait des instincts idéalistes qui sont au fond de nous et prétendait qu’ils étaient beaucoup plus forts que les instincts inférieurs, érotiques, que les instincts agressifs et que les instincts sociologiques. Au-delà il y avait les tendances idéales qui sont les plus belles et les plus fortes. Freud est contenu tout entier dans Platon qui le dépasse incommensurablement.

Le chiffre de la Bête est « 666 » et 666 c’est l’incomplétude, le chiffre de la perfection étant « 7 ». Le chiffre de l’imperfection est « 6 ». On s’avance vers la perfection mais on n’y parvient pas ! 666, chiffre de l’incomplétude, se retrouve grossièrement dans le fait que le corps n’arrive pas à la perfection. On l’abandonne simplement à la violence et à l’agressivité, c’est le premier « 6 » ; le deuxième « 6 », l’âme, ne parvient pas à la perfection, on l’abandonne au chaos de toutes les passions sans être capable de mettre au centre, une sorte de colonne de feu qui monte vers l’infini. Enfin le troisième « 6 », c’est l’esprit. L’esprit est livré au doute permanent et en même temps à toutes les contradictions possibles et imaginables. C’est très exactement le cas du monde actuel.

Alors, les faux prophètes si vous voulez, et surtout les chefs d’États combattront l’agneau et seront vaincus par lui. Oui, mais cela ne se produira que pour la prochaine race car actuellement on peut croire que l’Agneau, l’Agni, et en même temps la non-violence, la beauté, la sagesse, l’amour et la justice seront momentanément vaincues. Mais comme elles seront vaincues, il y aura sur la Terre uniquement le triomphe de la mort et on aboutira à la destruction de l’humanité. Et après cette humanité détruite viendra une surhumanité où triompheront les puissances de l’agneau.

Maintenant il est question dans cette strophe des « appelés », des « élus » et des « fidèles ». L’agneau appelle à lui les élus, les appelés, les fidèles. Quelle différence y a-t-il entre ces trois termes ? Je crois qu’il faut effectivement les rapprocher de la trinité divine, c’est-à-dire l’Amour, la Sagesse et la Beauté.

Les Fidèles sont ceux qui suivent la voie de l’amour.

Les Appelés sont ceux qui par leur effort personnel et en écoutant la voie mystérieuse du Verbe arrivent à la vérité.

Et les Élus sont les fils de l’inspiration, c’est-à-dire les poètes et les artistes, ceux qui sont en relation avec l’Esprit saint, avec l’Intelligence cosmique et avec la Beauté divine.

C’est à travers ces trois espèces d’êtres que nous pourrons arriver à l’illumination et à la vérité. Voyons maintenant le verset suivant.

Ensuite il me dit :– Les eaux que tu a vues sur lesquelles la Prostituée est assise sont des peuples et une multitude et des nations et des langues.
(Apocalypse, Chap. 17, verset 15)

L’image de l’eau est évidemment un élément fondamental. L’eau représente surtout le plan astral beaucoup plus que le plan physique. Il y a cinq initiations : initiations de la Terre, de l’Eau, de l’Air, du Feu et de l’Éther. Effectivement, il y a à l’intérieur même de ces initiations des images précises.
L’Eau représente l’astral et ne représente pas le point de vue physique. Les eaux représentent surtout les âmes collectives des nations, des langues, etc., sur laquelle la grande Prostituée est assise, autrement dit la puissance totalitaire, la destruction complète de la liberté humaine en même temps que de l’élan humain vers la perfection. La Prostituée est en quelque sorte un mélange sensationnel de freudisme mal compris, de marxisme mal digéré et de nietzschéisme exalté et absolument aberrant. Il y a tout ceci dans le monde actuel et cela aboutit au péché suprême : le péché contre la chair, le péché contre l’âme et le péché contre l’esprit. Quand je parle de péché, il faut s’entendre : ce sont des erreurs. Le péché sous-entend une offense contre la divinité et si Dieu existe comme je le crois parfaitement, il ne peut pas s’offenser des absurdités de ces pauvres créatures que nous appelons les êtres humains. Mais il y a dans cette idée la blessure que peut faire l’homme contre les lois cosmiques, blessures terribles.

Le point de vue physique sera de rejeter complètement toute splendeur astrale ou mentale et de ne trouver le bonheur que dans la recherche physique des plaisirs comme dans la recherche physique de la puissance sociale : volonté de puissance d’un côté, érotisme débridé de l’autre. J’ajoute que sous le signe de la Bête, une des erreurs les plus graves, actuellement très répandue et de plus en plus, est d’aboutir à faire l’amour – je m’excuse de l’expression – avec les animaux. C’est un des signes les plus caractéristiques de la fin d’un âge, du Kali Yuga.
Il y a ensuite le péché contre l’âme. La grande splendeur de l’âme, cette étoile inaltérable, c’est l’Amour universel. Quand on remplace l’amour par la haine, on aboutit effectivement par la violence à une chute absolument verticale.
Enfin, le péché contre l’esprit est de refuser à l’esprit la liberté de rechercher suivant ses propres moyens la vérité absolue. C’est également d’affirmer que la vérité absolue n’existe pas mais c’est surtout ce manque complet de tolérance. On veut imposer à l’esprit une doctrine totale et cette doctrine d’une manière générale, c’est le matérialisme désespéré et en même temps le refus de la transcendance divine.

Voila en quelque sorte les trois erreurs dans lesquelles s’abat et s’ébat la triste et malheureuse humanité. Mais tout ce récit sera transcendé, les eaux seront illuminées et elles seront illuminées par les rayons du soleil spirituel, du soleil de l’esprit et nous aboutirons – mais bien plus tard – à une étonnante floraison sur toute la Terre et l’homme deviendra un demi-dieu, un dieu. Il pratiquera totalement la parole du Christ qui est également la parole des Platoniciens, qui est aussi la parole des Stoïciens : « Nous sommes tous des dieux, nous sommes tous des enfants du Très Haut ». Platon déclarait : « La morale consiste à devenir parfait comme la divinité » et les Chrestoï, c'est-à-dire les Stoïciens, déclaraient que le sage doit être l’égal des dieux. Ils ajoutaient même : « il doit être supérieur aux dieux ! » C’était reconnaître dans le sage – comme ils le disaient d’ailleurs – une étincelle divine et solaire. Et c’est en suivant cette étincelle divine et solaire que le malheur disparaîtrait de la Terre et que le bonheur s’installerait dans le cœur des êtres humains.

BROUSSE François, Conférence « L’Apocalypse », Prades, 26-04-1979 (Extraits)