Le matin déployait sur les montagnes roses
Ses ailes d'écarlate aux frissons éclatants,
Et les gouffres environnaient l'aigle titan
De votre orgue effrayant, ô forêts grandioses !

Le fleuve entrelaçait de bleues métamorphoses
Les grands mirages verts qui peuplent le printemps ;
Des fleurs énormes, des calices exultants,
Offraient aux papillons un miel d'apothéose.

Les paons de neige et d'or volaient dans les ravins.
L'Homme sentait l'immense harmonie du Divin
S'abattre sur son coeur du front sacré des cimes,

Et, vibrant avec la Terre ardente, il voyait,
Derrière le soleil dont les yeux flamboyaient,
Un Père Tout Puissant sourire dans l'abîme.

BROUSSE François, Le Poème de la Terre
Dans Œuvres Poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailé, Clamart, 1986, page 43