UNE_TORCHE_600_DPI_L=300

« Pythagore a laissé dans la pensée grecque une trace éblouissante. Ce fut le passage d'un dieu. Des flammes jaillissent perpétuellement de sa mémoire et vont illuminer la philosophie antique. Il est pareil à ces centres mystérieux du ciel, d'où partent les étoiles filantes.

Empédocle, Eschyle, Platon, Virgile, Ovide, Porphyre et Jamblique burent à longs traits dans cette source de sagesse éternelle. Sauf peut-être Eschyle – dont nous ignorons la pensée profonde – tous lui empruntèrent l'idée de la transmigration des âmes, clef du monde ; Pythagore eut l'inestimable honneur de dévoiler cette vérité fondamentale aux peuples d l'Hellénie.

On connaît sa vie fulgurante.

Il eut pour maître le sage Phérécyde, philosophe visionnaire, qui se représentait l'univers sous la forme d'un chêne immense, soulevé dans l'espace par deux ailes d'or.

Merveilleux symbole ! Pythagore médita sur cette image du chêne. Plante vivace il reflète le monde, énorme organisme vivant que traverse le souffle de l'âme universelle. Plongée dans un vague engourdissement, elle anime le chêne sacré, développe les branches du minéral, du végétal, de l'animal et se réveille de sa torpeur dans les hommes, ces feuilles qui frémissent au soleil.

Quand aux ailes d'or, elles sont l'élan divin de l'Ame du Monde, la soif de l'Absolu, l'appel de l'Infini, la montée grandiose vers les astres. Elles sont faites avec le feu de Prométhée, et rien ne peut arrêter leur vol sauvage.

Par de telles méditations, Pythagore retrouva les fontaines sans cesse jaillissantes de la vie intérieure. Aussi, quand Phérécyde mourut, notre jeune philosophe sentit en lui l'impérieux vouloir d'étreindre la Vérité. Alors il parcourut le vaste monde à sa recherche.

ACADEMIE_FB_N°31Il commença par l'Égypte, terre des dieux. Les prêtres égyptiens l'initièrent dans les souterrains de leur Temple : la Grande Pyramide. Il y vit flamboyer le soleil de minuit et la face d'Hermès dont la parole magique crée les mondes. Il déchiffra sur la couronne du Sphynx les formules aujourd'hui disparues : Gloire à la Toute-Puissance éternelle dans la splendeur des hauteurs infinies, et paix aux hommes dans le crépuscule des profondeurs !

Il se dirigea ensuite vers la Chaldée où dans Babylone, la ville des mages et des astrologues, il rencontra Ezéchiel. Ce que fut le contact entre ces deux pôles du monde, personne ne peut le dire. La communication entre deux âmes supérieures est le plaisir le plus haut que donne la Terre. Des étincelles s'écoulent et se fécondent mutuellement. On vit de façon plus exaltée, plus profonde. Les choses extérieures apparaissent lointaines comme un rêve, la seule réalité réside dans l'hymen de deux intelligences. Une pensée subtile, une nuance de l'esprit semble plus positive qu'une montagne. Une joie torrentielle élargit la poitrine. La sensation qu'éprouverait un foyer conscient et dévorant de nombreux aliments sans cesse renouvelés. Cet enchantement marqua Pythagore pour la vie.

Il gagna enfin les sanctuaires secrets de l'Inde. Il connut les véritables sages, les hommes parfaits, ceux qui détiennent la science de l'Infini. Toutes expression est vaine pour décrire leur grandeur. Leur présence doit se vivre mystiquement. Ils sont les masques de la Pensée Absolue. Les immensités de l'Himalaya forment les seuls trônes dignes de les recevoir. Pythagore lut dans leurs prunelles les secrets de l'abîme.

Il revint transfiguré, avec la certitude d'une mission. Mais avant d'éclairer les hommes, il voulut visiter les sages de l'Occident, les Druides aux faucilles d'or. Il pénétra sous les voûtes prodigieuses des forêts celtiques, visita les farouches prêtresses de l'Île de Sein, écouta le chant des bardes où grondait un écho de la parole d'Ogmios. Il est probable qu'une Velléda, errante dans l'hallucination des forêts, lui prédit sa disparition et sa résurrection.

Le sage, plein de pensées hautaines, revint à Samos. Mais au lieu des libertés helléniques, il y trouva la tyrannie de Polycrate. Révolté par la méchanceté du dictateur et l'avilissement des foules, Pythagore quitta cette atmosphère sillonnée de miasmes, et s'établit en Grande Grèce, à Crotone, sous le pur ciel latin.

Il fonda une vaste société secrète, dont le but profond était d'éveiller le dieu dans l'homme. L'étincelle Prométhéenne sommeille dans le coeur des mortels. Par une discipline ardue, il faut ressusciter le feu céleste, le feu solaire, pour rétablir dans l'homme sa première dignité divine.

La création d'une surhumanité, voilà le grand rêve de Pythagore. Il voulut communiquer aux autres la flamme sacrée qui vivait en lui. Oeuvre énorme, oeuvre de transfiguration illimité, que les esprits supérieurs tentent vainement depuis des milliers de siècles, et qui, réalisée un jour dans les abîmes de l'avenir, fera de la Terre un Olympe resplendissant. »

BROUSSE François, Une Torche aux astres allumée, éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 7-8