Entretien avec François Brousse


« Qu'est ce que la sagesse ?

F.B. : C'est la folie d'aimer.

(...)

Qu'est ce qu'aimer ?

F.B. : Mettre les autres avant soi même. Habituellement, quand on agit, c'est d'abord nous, et les autres sont là pour nous suivre, s’ils le veulent bien, et s'ils ne veulent pas nous suivre, ils sont là pour être détruits.

Et le processus contraire ?

F.B. : Le contraire est précisément ce qu'on appelle aimer, c'est à dire, je suis là pour servir les autres, et je n'existe que pour que les autres soient en quelque sorte mes amis, mes amants, mes fidèles suivants et que je sois en même temps leur maître et leur servant.

Pour cela, il faut déjà être.

F.B. : Évidemment. Mais le seul fait de dire : « Je ne suis pas » prouve que l’on existe. Car le Néant pourrait il dire : « Je ne suis pas » en employant le verbe « être » justement ?

Pour aimer comme cela il faut être libre ?

F.B. : Il faut absolument être libre et ne pas être enfermé dans une série de détails.

Si on n'est pas libre et si on fait passer les autres avant soi, à ce moment-là il y aura échec...

F.B. : Il y aura échec de notre vie actuelle sans doute, à moins qu'il y ait un renouveau, un sursaut salvateur et si le sursaut ne vient pas, alors nous recommencerons. Nous avons le temps, nous sommes éternels. Nous pouvons commettre une erreur, alors nous renaissons ; deux erreurs, nous renaissons ; des millions d'erreurs, nous renaissons. Comme disait Krishna : « Il faut un million de vies humaines pour atteindre à la sérénité. » Il exagérait sans doute – espérons pour nous – bien que le temps ne soit qu'une illusion.

Revue B.M.P. N°164 – avril 1998, Clamart
Mercredi 31 juillet 1991, « Entretien avec François Brousse »