LA GRANDEUR DE L'HOMME

Oui, l'homme passe sur la Terre,
Comme un reflet plaintif sur l'eau !
Le souvenir se désaltère
Dans la fontaine des sanglots !

La splendeur des grands temples tombe,
La perle des plaisirs s'éteint
La croix terrible de la tombe
Luit dans l'implacable lointain.

Avant d'être une pourriture
Toute grouillante de fourmis
Son coeur morne s'offre en pâture
Aux dents des vices ennemis.

Il héberge, avant qu'on le couche
Au lit de l'éternel hiver,
La douleur, ce serpent farouche,
L'infamie, ce livide ver,

Mais qu'importe ! Un esprit sublime
Palpite sous son crâne en feu
Sur les prodigieuses cimes
La foudre embrase ses cheveux

Il resplendit, torche vivante,
Parmi les profondeurs du soir !
Les étoiles qui s'épouvantent
Baisent ses pieds de granit noir

Il se dresse, plein de colère,
Dans le grand silence des cieux,
Contre les portes séculaires
Contre le sphinx mystérieux,

Et il dérobe, fou d'audace,
Malgré les clameurs de la nuit,
Malgré la flamme qui terrasse
Ses yeux brusquement éblouis,

Pour transformer le crépuscule
En un grand triomphe vermeil,
L'étincelle immense qui brûle
À la roue du char des soleils !


BROUSSE François, Chants dans le ciel, dans Œuvres poétiques – Tome 1,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986, p. 132-133