MATIN

La Lune s'est noyée dans la splendeur de l'air
Sous l'aube qu'à longs traits de flamme je déguste,
Je contemple, paré d'un diadème clair,
L'ombre d'or du Soleil sur les chênes augustes.

Et je pense à tes yeux, que traverse un éclair,
À ta bouche, pareille aux coupes de Locuste,
Ta bouche, où je savoure un immortel éther,
Sous l'aube qu'à longs traits de flamme je déguste...

Avril 1942

Brousse François
BMP N°260-261, novembre-décembre 2006


JE PRÉFÈRE TES YEUX

Ils meurent dans l'éclat sublime des batailles,
Dans les cris du clairon, dans les bonds du tambour ;
Les corbeaux affamés planent sur leurs entrailles...
Mais moi, je meurs d'amour.

Alexandre, sous son galop foulant la Terre,
Défie le vaste ciel vibrant d'éternité ;
Mais moi, je veux, couché sur des peaux de panthère,
Mourir de volupté.

Qu'importe l'héroïsme et qu'importe la gloire !
Dans ce tas de héros grouillent des assassins.
Je préfère tes yeux pleins d'une douce moire,
Et je veux m'endormir dans le creux de tes seins.

11 octobre 1942

Brousse François
BMP N°260-261, novembre-décembre 2006