Il existe en nous toute une hiérarchie.

Au bas de cette hiérarchie, il y a le primitif, celui qui est simplement emporté par ses instincts, par son âme animale. Au-dessus, vous avez ceux qui obéissent aux ordres de leur âme humaine et enfin, ceux qui obéissent aux injonctions et à l'inspiration de leur âme divine. Ceux qui sont devenus Un avec leur âme divine sont, précisément, les grands maîtres. Il y en a en réalité vingt-deux et ces vingt-deux rayonnent à travers toute la Terre.

Il y a une erreur – je suis obligé de parler d'erreur –, il y a une erreur qu'il faut éviter. On la trouve répandue à travers toutes les sectes occultes actuelles – toutes ou presque. Ces sectes affirment qu'il y a un gouvernement occulte de l'humanité. Il n'y a pas de gouvernement occulte de l'humanité et ces vingt-deux maîtres ne gouvernent pas, ils se contentent de rayonner, c'est bien suffisant. Ils ne gouvernent pas, ils laissent au libre arbitre humain le soin de choisir son chemin : chemin de lumière ou chemin de ténèbres. Il est parfaitement inexact de dire que derrière chaque gouvernement, il y a la volonté des maîtres de la sagesse, c'est inexact ! Les maîtres de la sagesse vivent dans la contemplation de l’Absolu, ils sont Un avec l'Éternité, ils connaissent l'Infini, l'Éternité, la Perfection. Ils rayonnent à la fois l'Amour, la Sagesse, la Justice, la Beauté et la Joie. C'est à nous de les comprendre, c'est à nous d'ouvrir les portes de notre âme à la descente des colombes divines. Si nous les fermons, c'est également nous qui en sommes responsables. Mais il est bien évident que les maîtres ne s'occupent en aucune manière de la direction du monde extérieur. C'est à nous de créer notre propre paradis ou notre propre enfer. C’est ce qui est assez mal compris et nous sommes dans la période du Kali Yuga où précisément toutes les erreurs sont possibles.

La première erreur est d'admettre qu'il y a une identité entre la puissance métaphysique et la puissance physique. Vous retrouvez cette erreur, même chez des esprits extraordinairement évolués, comme par exemple Leadbeater. Leadbeater ose dire que, dans la hiérarchie sociale, il y a aussi une hiérarchie que l'on pourrait appeler morale et que, par exemple, l'âme d'un roi est plus évoluée que l'âme de son Premier ministre laquelle est beaucoup plus évoluée que l'âme d'un simple député qui est beaucoup plus évoluée que l'âme d'un patron quelconque qui est plus évoluée que l'âme d'un ouvrier. C’est une erreur formidable, ce que l'on pourrait appeler l'erreur saducéenne. Les saducéens rejetés par Jésus professaient précisément une telle erreur. Vous la retrouvez chez les rose-croix où l’on vous dit que la preuve de la puissance psychique c'est très exactement la puissance sociale. Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas parce qu'un être est socialement extraordinairement évolué, ce n'est pas parce qu'il a une puissance démesurée au point de vue social, ce n'est pas parce qu'il est un dictateur ou un président de la république, qu'il est plus évolué que celui qui passe dans la rue. C’est tout à fait inexact ! Il y a une opposition que vous retrouvez d'ailleurs dans l'Évangile. C’est cette fameuse phrase que l'on ne cesse de dire sans jamais l'observer : « Il est plus difficile à un riche et à un puissant de rentrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. » ET C'EST PAR-FAI-TE-MENT EXACT ! Plus vous vous élevez dans la hiérarchie sociale, moins vous vous élevez dans la hiérarchie spirituelle. C'est inquiétant ! Un riche peut plus facilement se mettre en dehors de la justice divine, un puissant aussi : « Heureux les débonnaires car ils hériteront de la terre . » Mais il s'agit de la terre spirituelle, de la terre astrale. La Terre ne nous intéresse pas. La Terre, c'est le royaume du démon, du diable, de l'être inférieur. Celui qui réussit sur le plan physique, et on le voit de plus en plus, peut échouer sur le plan moral. Cela ne veut pas dire qu'il faille se transformer tous en clochards, non ! Cela veut dire tout simplement que nous devons mettre en avant nos préoccupations spirituelles. Nous devons rechercher avant toute chose l'Illumination, la Vérité, la Justice et la Beauté et tout le reste nous sera donné par surcroît. Nous devons, évidemment, nous occuper de notre vie. Il est parfaitement inutile d'être trop riche, comme de ne pas l'être assez. Car si vous l'êtes trop, vous êtes perdu. Rappelez-vous le poème de Théodore de Banville, qui est assez humoristique :

« L'autre jour, attendant vainement de l'argent
Qui me vient du Hanovre,
Je pleurais de pitié dans la rue, en songeant
Combien Rothschild est pauvre . »

(BANVILLE Théodore (de), Occidentales (1875), « La pauvreté de Rothschild »)

C'est tout à fait cela, effectivement, car le seul riche est celui qui, précisément, a son âme ouverte aux splendeurs infinies de l'Éternité, de l'Absolu et de la Perfection. Mais nous devons également nous éloigner de l'extrême pauvreté – je passe assez rapidement – parce que nous ne devons pas être préoccupés par notre corps. Si les soins que nous sommes obligés de donner à la recherche de la nourriture journalière sont excessifs, à ce moment-là, nous n'aurons plus le temps de nous occuper de ce qui est essentiel, c'est-à-dire, la fine pointe de l'âme qui monte comme l'aiguille des cathédrales dans les hauteurs du ciel plein de soleil et de lumière.

Il faut essentiellement rechercher avant toute chose les hauteurs infinies du monde, c'est-à-dire, je le répète, l'Étoile des Mages. Cette Étoile des Mages a au moins cinq branches. En réalité, elle en a infiniment plus que cela. Dans le Tarot des imagiers du Moyen Âge, il y a sept étoiles et, au milieu, se trouve la huitième, le Soleil resplendissant. En réalité, cette image nous montre qu'il y a mettons huit – et huit, c'est le chiffre de l'Infini –, qu'il y a huit perfections que l'on peut d'ailleurs réduire à sept et à cinq. Ces cinq perfections sont dans l'étoile flamboyante qui pare le fronton des francs-maçons par exemple, c'est la Sagesse, l'Amour, la Puissance, la Beauté et la Joie.

Extrait de la conférence de François Brousse du 17 février 1977
parue dans le B.M.P. N°211-212 – mai-juin 2002