ÉPITAPHE

Autrefois je riais maintenant je repose
Dans l’immobilité horrible du tombeau.
La nuit lugubre étreint mon coeur, mais ce flambeau,
Le souvenir, y verse encore une âme rose.

J’ai les yeux pleins de Toi sous ma paupière close.
Tandis qu’au loin croasse un noir vol de corbeau,
Ton visage divin m’éblouit, frêle et beau
Comme la branche en fleurs où l’oisela se pose.

Si tu venais prier, ô ma chaste colombe,
Sous le cyprès pensif dont s’ombrage ma tombe,
Ce cadavre, rongé par la plante et les vers,

Comme le Christ lui même émergeant de l’abîme,
Dans un immense éclair, dans un parfum sublime,
Aigle d’éternité, surgirait au travers.

François Brousse, Voltiges et vertiges
Dans Œuvres poétiques – Tome 2
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 73