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mercredi 4 mai 2011

FEMME ET DIEU


FEMME ET DIEU

La femme qui n'a plus de clarté sur son casque
Est la maîtresse irrésistible des bourrasques.
Ô lumière de Dieu, je t'arrache ton masque.
Le phénix a chassé l'infernale tarasque.

La pythonisse de l'idéal te sourit.
Monte dans le soleil sur l'aile des houris.
L'Inde t'offre en riant le suprême Hari.
Le fruit de l'Absolu dans l'aurore a mûri.

Prenons gourde et bourdon vers l'ordre Compostelle
Imprimons nos baisers sur les lèvres d'Estelle.
La vérité divine où donc habite t elle ?

Ecarte avec dédain le doute injurieux.
Dieu brille par delà le nuage des dieux
Epoux de l'infini lève toi radieux.

François BROUSSE, La rosée des constellations,
Ed. La Licorne Ailée – 1991, p. 168

mercredi 6 avril 2011

DÉRIVE


DÉRIVE

Je suis précédé par les haches
Comme un grave consul romain.
Quand il me voit, Typhon se cache
Dieu déroule son parchemin.

Mon souffle efface toute tache
Je suis le sidéral gamin
Dans un soubresaut je m'arrache
Au trop monotone chemin.

Mon pied fatal foule les braises
Les damnés soupirent pleins d'aise
Quand je module les refrains.

L'imprévisible est le domaine
Où ma dérive surhumaine
Transforme en centaures les freins.

25 avril 1992

BROUSSE François, Le Baiser de l’archange,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, page 126

dimanche 3 avril 2011

VOX


VOX

L'humanité qui se lamente
Près du gouffre de l'insondé
N'est qu'une misérable amante
Que Dieu et Satan jouent aux dés.

Le front du songeur est ridé
Il entend l'énigme écumante
Comme une panthère rôder.
La mort le couvre de sa mante.

Visite le sombre couloir
Qui s'enfonce dans la montagne.
La désespérance nous gagne.

Pourtant il suffit de vouloir
Pour entendre au puits que l'on sonde
La voix du souverain des mondes.

19 juin 1992

BROUSSE François, Le Baiser de l’archange,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, page 261

samedi 26 février 2011

SÉRÉNITÉ


SÉRÉNITÉ

Dans la sérénité de Dieu,
Vers les immensités altières
Plongeons la tête la première,
Dans la sérénité de Dieu.

Les étoiles, roses trémières,
Parfument le jardin de feu
Comme une princesse en colère.
L'éternité remplit les cieux.
Ô les baisers délicieux
Dans les souveraines lumières
On transmute tous les milieux.
L'illumination est l'enjeu
De cette fête aventurière
Dans la sérénité de Dieu
Vers les perfections premières.

27 juin 1991

BROUSSE François, Les Transfigurations,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1992, page 94

mercredi 23 février 2011

GUERNESEY


GUERNESEY

J'ai visité à Guernesey
Ta caverne, ô roi des abîmes
J'ai contemplé tes pas intimes,
Sous un ciel d'aurore embrasé.

Les astres ouvraient leurs croisées
Sur les miraculeuses cimes.
Dans les soleils nous nous assîmes,
Nimbés d'une flamme irisée.

J'ai touché la table ô Hugo
Une montagne d'indigo
Me fit détruire l'impossible.

Dévorant l'être et le néant,
Je suis le père des géants.
Dieu est la flèche, Il est la cible.

26 juillet 1990

BROUSSE François, La Rosée des constellations,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 224

lundi 21 février 2011

CHEMINS

CHEMINS

Toute lumière est une larme
Qui tombe sur les fronts humains.
Le souffle de Dieu nous désarme
Quand nos cœurs pressent ses mains.

Seins de miel, bouches de carmin,
Sceptre d'empereur qui nous charme.
Cela vaut il les bleus chemins
Loin des douleurs et des vacarmes ?

Ô chanson des bois violets,
Cascades, vents, êtres ailés,
Visibles ou paraphysiques

Je m'évade dans l'inconnu
Pour savourer, atome nu,
Les tambourins du fantastique,
La flûte des nuits édéniques.

29 juin 1990

BROUSSE François, La Rosée des constellations,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 213

BANJOS


BANJOS

Jésus Christ, fils de Dieu,
A perdu son enjeu ;
Il nous captive peu.

Son enfer nous fait rire
Nous réservons nos lyres
Orphée ou Pythagore
Hermès qu'un feu colore
Et les deux Isidore,
Bouddha rempli d'aurore

Nous émerveillent mieux.
Les nostalgiques flûtes
Qui l'amour répercutent
Font flamboyer nos yeux.

Les maîtres qui vont naître
Posent sur nos fenêtres
Que l'indompté pénètre
Les triomphants banjos.

N'oublions pas Akhenaton
Aux incomparables dictons
Ni Salomon le magnifique
Avec qui l'inconnu trafique ;

Ni Apollonius de Tyane
Forêt aux fécondes lianes
Ni le fantastique Julien
Chlamyde aux innombrables liens.

Ils remplirent l'esprit des mages
De leurs bénéfiques images
Ils dominent les Apennins
Près d'eux les Césars sont des nains.

Tourbillon de condors farouches
Le Verbe flamboie en leurs bouches
Ils posent un tantrique doigt
Dans la lumière qui ondoie.

Grâce à leur haleine, le monde
Continue sa magique ronde
Et tous les êtres entreront
Dans le royaume d'Obéron.

1er avril 1993

BROUSSE François, Les Miroitements de l’Infini,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1994, p. 239-240

lundi 14 février 2011

Après avoir prié le vrai Dieu...


Après avoir prié le vrai Dieu, nos douleurs
Nous reviennent parées et couronnées de fleurs
Et la sérénité des étoiles descend
Comme une pluie d'été du ciel adolescent.
La plume des azurs connaît bien la syntaxe
L'immortel vient parler à l'infini des axes.

10 mai 1992

BROUSSE François, Le Baiser de l’archange,
éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, p.155

jeudi 11 novembre 2010

Comme l'ombre de l'homme...


Comme l'ombre de l'homme est le fantôme noir
D'un vivant organisme aux merveilleux pouvoirs.
De même la conscience humaine n'est que l'ombre
D'un dieu prodigieux qu'emplit l'infini sombre.

BROUSSE François
De l’autre Cygne à l’un, dans Œuvres poétiques – Tome 2
Ed. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 249

lundi 8 novembre 2010

NATIVITÉ



NATIVITÉ

Sur la terre au coeur froid succombent les espoirs
Mais l'aurore, comme un oiseau de feu, s'envole.
L'homme passe en pleurant, plus sombre que les soirs,
Pourtant sur son front luit l'éclatante auréole.

Des milliers d'arcs en ciel illuminent le pôle
Les escadrons du rêve assaillent les manoirs
Où la face des morts sourit dans les miroirs,
Et la fleur de l'abîme entrouvre sa corolle.

L'Amour viendra. L'Amour inévitablement
Haussera sur les monts le soleil diamant ;
Fantômes et démons rentreront dans leur antre.

Les dieux disparaîtront devant le feu vivant !
Jéhovah comme Allah s'effacent dans le vent.
Dieu frappe à notre porte et je réponds Qu’Il entre »

2 novembre 1986

BROUSSE François
Le Graal d’or aux mille soleils, éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 41

vendredi 29 octobre 2010

VATES


VATES

Je m'enfonce dans le lointain
Avec la divine imprudence
Des conquérants du ciel latin
Envoyés par la providence
Pour briser les sceptres hautains
Et ressusciter l'espérance.

Je ramasse sans y penser
Des bijoux à l'éclat barbare
Que les Atlantes effacés
Laissèrent choir de leur tiare.
Les lions s'enfuient hérissés
Devant les chants de ma cithare.

La quatrième dimension
M'ouvre ses couleurs inconnues
Je dépasse par intuition
Le fronton rugissant des nues
Et d'étranges révélations
M'offrent en riant leurs cornues.

Alchimiste transcendantal
Je fabrique des fleurs nouvelles
Dans mon délire zénithal
Je guide d'âpres caravelles
Mais le soleil occidental
M'a forgé soixante dix ailes.

Leur ombre couvre l'ignoré,
Elle dépasse les comètes,
Je savoure le miel doré
Qu'Athéna sur le mont Hymette
Distille pour les effarés.
Mais devant Dieu, joyeux prophète
Ma gloire tombe et disparaît.

BROUSSE François
La Rosée des constellations, éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 256.

mercredi 20 octobre 2010

Hommage à Liu Xiaobo

Hommage à Liu Xiaobo, qui s'est vu attribué le prix Nobel de la paix Le 8 octobre 2010 pour ses « efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme en Chine. »


***

CHINA

La Chine, ce monstre fatal
Qui brûle l'homme en sa fournaise,
Un jour connaîtra l'idéal
De la Révolution française.
Les tyrans au rire infernal
Sauront ce que le destin pèse !
Qu'importe le glaive du mal
Le regard de Dieu nous apaise...
Liberté, forme le cheval
De la Révolution française !

14 juillet 1989

BROUSSE François, La Rosée des constellations, éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 74.

mardi 5 mai 2009

NATURE OU SURNATURE


Ils demandaient la vie éternelle à genoux.
Et le bonze, attentif au hurlement des loups,
Contemplait un troupeau de démons, yeux de braises,
Dans l'espace où les grands ouragans sont à l'aise
Le don des langues vole en farouches visions.

Mais, à travers le noir torrent de ces images,
La jeunesse jaillit du fond blême des âges.

Sous le vol inquiet des constellations,
Si tu veux te risquer dans l'immense aventure,
Bois le graal de ta véritable nature...
Sache cueillir la rose aux farouches parfums

Tu comprendras alors que toi et Dieu sont Un.

3 novembre 1987

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 65

samedi 2 mai 2009

L'INCONNU

(Poème déjà édité
dans la revue Conflent , Prades, N°25, Janvier-Février 1965, p. 31)

Je suis le dieu du bien, je suis le dieu du mal
J'erre, étranger masqué, dans la cohue humaine.
Sous un double rayon d'archange et d'animal,
Un caprice inconnu vers les hauteurs me mène.

anc_l_angelusLe bruit clair de mon pas fait trembler les momies
Dans la sérénité lugubre de leur crypte.
L'astre de mon coeur fend les ombres ennemies
Et mes yeux ont conquis les trésors de l'Égypte.

J'ouvre la porte immense et pâle des aurores
Pour contempler la reine au sourire de sphinx.
L'aigle toujours m'emporte en ses ailes sonores,
Je viole parfois l'antre sacré des lynx.

J'entends vibrer vos voix, ô farouches planètes
Qui dansent dans le rire enivré de l'éther !
Le chant des rossignols et le cri des rainettes
Éveillent en mon front l'écho de Lucifer.

Les univers secrets parlent dans mon silence
Illuminé, qu'effare un reflet du Seigneur.
Devant la sombre mer qui toujours recommence
On voit ma silhouette au faîte d'Elseneur.

Qu'y suis-je, ange ou démon ? magicien ou Mage ?
Le manteau du mystère entoure mon exil.
Et les vents inouïs déchaînent leur orage
Pour me jeter vivant dans l'ineffable Avril.

BROUSSE François, L’Angélus des rêves
Éd. Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1978, page 48-49

ASPIRATION


Par ta torche céleste, ô Dieu, tu m'as brûlé.
Mon esprit, dans le feu, goûta l'intelligence.
Ton mystère de gloire éternelle s'élance
Comme un griffon géant dans le gouffre étoilé.

Ton souffle a descellé ma bouche d'acier noir
Pour en faire jaillir les hymnes de la force,
Ô Roi des majestés, tu plaças dans mon torse,
Comme une lampe bleue les trésors de l'espoir !

Quel astre, quel soleil, quel archange de flamme
Pourrait sans vaciller se tenir devant Toi ?
Tu regardes, rêveur, dans la fumée des toits
Les planètes périr sous les replis de l'âme.

Je monte vers ton coeur comme un parfum errant,
Comme un élan d'oiseaux, comme une flèche folle,
Ouvre, ô prince des dieux, ton palais de corolles,
De nids et de points d'or aux pas de ton enfant.

BROUSSE François, De l’autre Cygne à l’un dans Œuvres poétiques – Tome 2
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 351

jeudi 16 avril 2009

ÉVEIL

Tu songes loin de moi, je rêve loin de toi,
Nous vivons solitaires.
Quand viendra le soleil, éblouissant les toits,
Emerveillant la Terre ?

Je suis comme un désert foudroyé par le feu,
Comme un arbre sans sève.
Printemps irrésistible ouvre ton regard bleu
Dans les prunelles d'Ève.

La matière s'efface ainsi qu'un sombre rêve !
Ailés, nous monterons, dans le rire de Dieu.

10 mars 1986

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 21

jeudi 2 avril 2009

François Brousse un Sage de bonne Compagnie


Quelques séquences du Documentaire
François Brousse un Sage de bonne Compagnie (Version finale, Avril 2009)
Réalisé par Thomas Harlay



Dieu dont le souffle immense ... - Poème de François Brousse



Loin et près - Poème de François Brousse



Programmes - Poème de François Brousse



Comment suis-je venu à la poésie ... - Texte de François Brousse



Les dieux aériens - Poème de François Brousse



Les devins et les prophètes - Conférence de François Brousse (Extrait)



Je suis un homme tranquille - Propos de François Brousse



Le temple du poète - Poème de François Brousse



Plus tard - Poème de François Brousse


dimanche 15 mars 2009

LIBERTÉ


Dans les lis et les mirabelles,
Sous le gouffre bleu de l'été,
Les âmes brodent d'étincelles
La robe de l'immensité.

Par les lueurs surnaturelles
Qui tombent d'un ciel enchanté,
Je veux redéployer tes ailes,
Ô grand archange, ô Liberté !

Bonheur, Amour, Intelligence,
Ta main royale les condense,
En une montagne de feu !

Jardin aux éternelles pommes,
Liberté, fier regard des hommes,
Œil irrésistible de Dieu !

BROUSSE François, « Liberté », dans De l’autre Cygne à l’un
Œuvres poétiques – Tome 2, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 373

vendredi 6 mars 2009

L'IDÉE DE DIEU



Le matin déployait sur les montagnes roses
Ses ailes d'écarlate aux frissons éclatants,
Et les gouffres environnaient l'aigle titan
De votre orgue effrayant, ô forêts grandioses !

Le fleuve entrelaçait de bleues métamorphoses
Les grands mirages verts qui peuplent le printemps ;
Des fleurs énormes, des calices exultants,
Offraient aux papillons un miel d'apothéose.

Les paons de neige et d'or volaient dans les ravins.
L'Homme sentait l'immense harmonie du Divin
S'abattre sur son coeur du front sacré des cimes,

Et, vibrant avec la Terre ardente, il voyait,
Derrière le soleil dont les yeux flamboyaient,
Un Père Tout Puissant sourire dans l'abîme.

BROUSSE François, Le Poème de la Terre
Dans Œuvres Poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailé, Clamart, 1986, page 43

La Mésaventure de Méphistophélès



Méphistophélès

Je suis Satan, l'indestructible ennemi de Dieu, l'antique Foudroyé qui s'écroula des profondeurs du ciel jusqu'aux abîmes de l'Enfer, le formidable Rebelle qui mordit les pieds lumineux de l'Archange Gabriel, le Dragon qui faillit manger la Vierge et le Petit Jésus tremblant comme un lièvre, lui, le Créateur du Monde !

Je suis l'intarissable empoisonnement de la vie, la fureur inextinguible, le volcan d'épouvante et de vengeance. Je m'appelle la Haine, et la haine étincelle dans mes yeux, grince entre mes dents, écume dans ma bouche, rugit dans mon cœur, gronde dans les furieux torrents de mon sang de flamme ! Tous les poils de mon corps vibrent de haine. Scrute ma respiration, tu trouveras de la haine à chacun de ses souffles ! Jésus a donné à ses disciples sa chair d'amour et de lumière ; moi, je donne aux miens mon corps prodigieux et ils en ont la bouche pleine de haine.

Si tu pouvais, fût-ce un moment, comprendre la hauteur, la largeur et la profondeur de cette haine, tu aurais dans ton crâne une intelligence plus formidable que n'en auraient joints en un seul tous les génies qui ont illuminé, qui illuminent et qui illumineront la Terre. Dieu trône dans l'éternité du Paradis, je trône dans l'éternité de l'Enfer. Il a ses archanges qui lui braillent des louanges, j'ai mes démons qui me rugissent un monstrueux amour. Il a quelques pauvres millions d’Élus, moi, j'ai l'immense masse des damnés, l'incommensurable océan des égarés. Comme un vautour qui se repaît d'une brebis, je referme mes ailes infrangibles sur le globe gémissant ; je lui ouvre le ventre, je lui dévore les entrailles, je fais craquer ses os douloureux dans ma gueule triomphante. L'univers est notre champ de bataille. Environné de ses escadrons célestes, Jéhovah essaie de lutter, il roidit ses bras contre l'effrayant Satan ! Mais l'ombre de mon profil éteint le reflet de sa face. Je le poursuis dans la bonté de ses ouvrages, j'empoisonne la source, je souille la fleur, je glace l'oiseau, j'embrase les forêts, je dessèche les mers ; je vomis les crapauds, les vipères et les scorpions, je crache les scolopendres et la limace ; mon souffle est l'ouragan, ma voix le tonnerre, mon cœur les laves de la Terre. Ce pauvre petit Dieu qui m'a terrassé par surprise, je le terrasse, moi, en plein jour, dans son ouvrage de prédilection, dans sa dernière forteresse, l'homme ! Je souffle les obscénités au corps de l'enfant, l'érotisme dans le sang des vierges, j'enfièvre et je débilite l'adolescent j'éveille un effroyable fonds de férocité dans les hommes mûrs, j'abrutis les vieillards, je vous damne tous ! Je m'insinue dans les prêtres et dans les saints, je ris au dessus de Borgia, le pape abject, je ris au dessus de Dominique, le fou furieux. Je tiens dans mes mains l'axe de leur cerveau. C'est moi qui passe dans les hallucinations des Pères du désert, moi qui circule la nuit dans les cloîtres aux cauchemars immondes. Les évêques osent empoisonner l'hostie pour se défaire de leurs ennemis, l'hostie pleine de la présence divine ! Les nonnes sentent mes griffes au fond de leurs entrailles, même quand l'hostie est dans leur bouche, l'hostie où tu demeures, Jésus Christ ! Ainsi donc, j'ai le Dieu vivant sous mon talon ! Je le brise jusque dans le pain où palpite sa vie sacrée Et lorsque je le brise, c'est pour l'éternité ! Il suffit d'un péché mortel à l'agonie d'un juste, pour que ma patte s'abattant sur cette âme, l'emporte aux flamboyants tréfonds de l'Enfer. Et mon triomphe dure toujours ! Dieu est vaincu irrévocablement par le Diable. Ses prêtres disent que, par un effet de son intelligence impénétrable, sa volonté toute puissante se refuse à M'anéantir. Allons donc, qui croira cette sottise ? Si je respire encore, c'est que je suis indestructible. Je t'ai trop outragé, Jéhovah, Dieu féroce, Dieu immonde, Dieu stupide, pour que ta fureur ose m'épargner !

BROUSSE François, Contes du gouffre et de l’infini
" La Mésaventure de Méphistophélès "
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 113-114


les_contes_du_gouffre Altaïr le Mage
Ô Toi, Satan, toi qui terrorises les hommes, toi dont la face ricanante apparaît à chaque coin de rue, toi qui tentes les saints pleins d'horreur, toi qui rôdes dans le cauchemar des mauvais prêtres, toi qui es adoré par les pontifes noirs du chemin oblique, toi qui jettes l'ombre de ta griffe monstrueuse sur toute la Chrétienté, toi qui te crois éternel comme Dieu, tremble, tu mourras !

Tu n'es que la cristallisation vivante des préjugés et des haines, tu n'es que le reflet animique de l'épouvante des foules, tu n'es que l'araignée mangeuse de superstitions, tu n'es que l'éphémère fils des passions d'Adam, tu n'es qu'une ombre et qu'un fantôme !

Tu vis, parce que les croyances torrentielles t'abreuvent ! Tu vis, parce que les peuples ont la sottise et la lâcheté d'offrir à tes sombres dents leur chair sanglante ! Cela durera t il ? As tu la candeur de te croire indéracinable ? Quoi ! les montagnes s'affaissent et tu resterais debout ! Les mondes se fragmentent, et tu resterais entier ! Les soleils s'éteignent, et tu serais inextinguible ! Les imbéciles qui te nourrissent de leur adoration iront pourrir dans le ventre de la terre. D'autres générations surgiront, éprises de raison et de vérité. Elles n'auront pour toi qu'un dédaigneux oubli. Privé de pain et de vin, tu languiras dans les ténèbres grandissantes de l'Éther, tes manifestations deviendront de plus en plus rares, ta force se heurtera au mur énorme toujours épaissi du scepticisme, on entendra agoniser celui qui fut le formidable souverain de l'Univers, et, comme le corps charnel se disperse dans les sombres énergies du tombeau, ton corps éthérique se fondra dans l'implacable sérénité du mystère !

BROUSSE François, Contes du gouffre et de l’infini
" La Mésaventure de Méphistophélès "
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 123-124


Altaïr le Mage

Dieu est la perfection dans l'infini. Sa demeure est donc l'immuable. Il ne peut évoluer vers un degré supérieur, n ayant rien au dessus de lui il ne peut rétrograder, étant la perfection. Il rêve éternellement dans l'inconnu, puisant ses forces intarissables dans sa nature infinie. Les torsions de la fumée de l'homme et de l'univers passent devant cet oeil calme, sans même l'effleurer. Quel être peut le comprendre ? Qui peut mesurer ses grandioses ténèbres ? Quel voyant scrute la profondeur de la lumière de Dieu ? Quel archange, ayant au front un astre énorme, osera dire : j'ai touché le fond de son cœur ? Il ne distingue pas le bouillonnement des mondes, du bouillonnement d'une fourmilière. La sauterelle bondissant dans l'herbe l'intéresse autant que la flamboyante comète qui rugit dans la forêt des étoiles. Son souffle anime le gouffre.
Dieu irrité ? Allons donc ! Il est Parfait. Dieu se vengeant ? Allons donc, il est la Justice ! Dieu ayant en face de lui le Mal éternel ? Allons donc, l'absolu n'est pas deux ! Ce Dieu, qui semble une voûte de flamme inextinguible au dessus de nos âmes, Lui, le formidable seigneur de l'Enigme, le maître immense du mystère, Lui, dont nul être ne peut supporter le rayonnement, Lui, le Maître immense du mystère, lui le Sphinx éblouissant de l'Éternité, comment veux tu que le péché de l'homme l'atteigne ? Comment veux tu qu'une créature de la Terre misérable puisse outrager celui que les vivants du Ciel ne peuvent même comprendre ! Quoi ! Cet embryon né dans la boue et qui se dissoudra dans la poussière, l'homme, ternirait la splendeur de l'Incrée !...
Mais, si le péché de l'homme ne peut atteindre Dieu, pas de péché mortel, pas de vengeance éternelle, pas d'enfer ! La faute de l'homme, être relatif, se déroule dans le relatif, et aura son châtiment dans le relatif. Dieu n'emploie pas l'éternité à torturer l'éphémère. Il ne déchaîne pas l'infini contre notre globe de larmes. Il ne torture pas jusqu'à la fin des temps sans bornes les fils de ses entrailles. Le péché mortel, se noyant dans le gouffre qui sépare l'être relatif de l'être absolu, l'Enfer ne peut exister.

BROUSSE François, Contes du gouffre et de l’infini
" La Mésaventure de Méphistophélès "
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 115-116

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