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vendredi 15 avril 2011

JE PRÉFÈRE TES YEUX


MATIN

La Lune s'est noyée dans la splendeur de l'air
Sous l'aube qu'à longs traits de flamme je déguste,
Je contemple, paré d'un diadème clair,
L'ombre d'or du Soleil sur les chênes augustes.

Et je pense à tes yeux, que traverse un éclair,
À ta bouche, pareille aux coupes de Locuste,
Ta bouche, où je savoure un immortel éther,
Sous l'aube qu'à longs traits de flamme je déguste...

Avril 1942

Brousse François
BMP N°260-261, novembre-décembre 2006


JE PRÉFÈRE TES YEUX

Ils meurent dans l'éclat sublime des batailles,
Dans les cris du clairon, dans les bonds du tambour ;
Les corbeaux affamés planent sur leurs entrailles...
Mais moi, je meurs d'amour.

Alexandre, sous son galop foulant la Terre,
Défie le vaste ciel vibrant d'éternité ;
Mais moi, je veux, couché sur des peaux de panthère,
Mourir de volupté.

Qu'importe l'héroïsme et qu'importe la gloire !
Dans ce tas de héros grouillent des assassins.
Je préfère tes yeux pleins d'une douce moire,
Et je veux m'endormir dans le creux de tes seins.

11 octobre 1942

Brousse François
BMP N°260-261, novembre-décembre 2006


dimanche 3 avril 2011

VOX


VOX

L'humanité qui se lamente
Près du gouffre de l'insondé
N'est qu'une misérable amante
Que Dieu et Satan jouent aux dés.

Le front du songeur est ridé
Il entend l'énigme écumante
Comme une panthère rôder.
La mort le couvre de sa mante.

Visite le sombre couloir
Qui s'enfonce dans la montagne.
La désespérance nous gagne.

Pourtant il suffit de vouloir
Pour entendre au puits que l'on sonde
La voix du souverain des mondes.

19 juin 1992

BROUSSE François, Le Baiser de l’archange,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, page 261

samedi 12 février 2011

LA GRANDEUR DE L'HOMME


LA GRANDEUR DE L'HOMME

Oui, l'homme passe sur la Terre,
Comme un reflet plaintif sur l'eau !
Le souvenir se désaltère
Dans la fontaine des sanglots !

La splendeur des grands temples tombe,
La perle des plaisirs s'éteint
La croix terrible de la tombe
Luit dans l'implacable lointain.

Avant d'être une pourriture
Toute grouillante de fourmis
Son coeur morne s'offre en pâture
Aux dents des vices ennemis.

Il héberge, avant qu'on le couche
Au lit de l'éternel hiver,
La douleur, ce serpent farouche,
L'infamie, ce livide ver,

Mais qu'importe ! Un esprit sublime
Palpite sous son crâne en feu
Sur les prodigieuses cimes
La foudre embrase ses cheveux

Il resplendit, torche vivante,
Parmi les profondeurs du soir !
Les étoiles qui s'épouvantent
Baisent ses pieds de granit noir

Il se dresse, plein de colère,
Dans le grand silence des cieux,
Contre les portes séculaires
Contre le sphinx mystérieux,

Et il dérobe, fou d'audace,
Malgré les clameurs de la nuit,
Malgré la flamme qui terrasse
Ses yeux brusquement éblouis,

Pour transformer le crépuscule
En un grand triomphe vermeil,
L'étincelle immense qui brûle
À la roue du char des soleils !


BROUSSE François, Chants dans le ciel, dans Œuvres poétiques – Tome 1,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986, p. 132-133

jeudi 11 novembre 2010

CANTILÈNE


Je veux jouir d'une lumière incomparable
Et la verser, cette lumière, à l'univers
Les éons s'aiment dans l'érable
Floréal caresse l'hiver.

Pas d'enfer éternel ! Pas de maux incurables,
L'esprit saisit le corps et rayonne au travers.
Un sculpteur incommensurable
Remodèle tous les pervers.

Le père méditant des étoiles attire
Même le criminel et même le satyre.
Le magnifique Soliman
Transforme le drame en roman
Faisons de son heureuse haleine
L'épousaille des morts et de la cantilène.

4 avril 1992

BROUSSE François
Le Baiser de l’archange, éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, page 94

lundi 8 novembre 2010

PLUIE


Que tombe la pluie printanière,
Elle féconde la cité.
Le ciel vif voile sa clarté,
Que tombe la pluie printanière.

Tu retrouveras la lumière
Au coeur noir de l'éternité.
Même le morne cimetière,
Se réveille à l'immensité.
Les cyprès lèvent leur prière
Avec plus de sérénité.
Les rues ont perdu leur poussière
Et cachent leur perversité.
Parmi les forêts millénaires
Les fantômes peuvent chanter
Sur la peau tendre des rivières
Poissons se mettent à sauter.
Que tombe la pluie printanière,
Elle endort la folle cité.

BROUSSE François
La Rosée des constellations, éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 216

NATIVITÉ



NATIVITÉ

Sur la terre au coeur froid succombent les espoirs
Mais l'aurore, comme un oiseau de feu, s'envole.
L'homme passe en pleurant, plus sombre que les soirs,
Pourtant sur son front luit l'éclatante auréole.

Des milliers d'arcs en ciel illuminent le pôle
Les escadrons du rêve assaillent les manoirs
Où la face des morts sourit dans les miroirs,
Et la fleur de l'abîme entrouvre sa corolle.

L'Amour viendra. L'Amour inévitablement
Haussera sur les monts le soleil diamant ;
Fantômes et démons rentreront dans leur antre.

Les dieux disparaîtront devant le feu vivant !
Jéhovah comme Allah s'effacent dans le vent.
Dieu frappe à notre porte et je réponds Qu’Il entre »

2 novembre 1986

BROUSSE François
Le Graal d’or aux mille soleils, éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 41

vendredi 6 mars 2009

Pensées divines sur la Mort


Fichier sur la Mort à Télécharger - 2009_03_05_Pensées_divines_sur_la_mort

Après la mort, des gouffres vermeils gonflés de béatitudes où passent et frissonnent les anges, où les morts prennent la figure de leur âme : fleurs radiantes, globes de lumière. Puis la montée vers le monde spirituel, d'un azur ineffable. Mais hélas ! Il faut redescendre. Ceux qui restent dans la gloire bleue sont les Délivrés.

Revue BMP N°56, avril 1988, éd. La Licorne Ailée

Un châtiment qui attend certaines âmes inférieures. Après la mort, elles restent liées magnétiquement au cadavre, assistent avec horreur à la putréfaction du corps et se demandent, angoissées, si la fin de la forme matérielle ne sera pas aussi leur propre fin.

Revue BMP N°56, avril 1988, éd. La Licorne Ailée

Réalisme, masque de Satan. On commence par la description d'un pot de chambre, on continue par la glorification de la peine de mort, on finit par construire des camps de concentration. Le Réalisme va de l'immonde au féroce.

Revue BMP N°65, mars 1989, éd. La Licorne Ailée

Ce monde est le domaine de l'illusion et de la mort.
Les empires disparaissent, les montagnes s'effacent, les étoiles même s’éteignent dans l’espace, et de malheureux naïfs croient à l'éternité du catholicisme !

Revue BMP N°68, juin 1989, éd. La Licorne Ailée

Absurdité dangereuse de la croyance aux Peines infernales. De l'autre côté des morts inférieurs qui se croient damnés, n'éprouvent plus aucun scrupules à tourmenter ou à posséder les vivants.
Ainsi augmente la somme des fautes et des souffrances. Il faut patiemment expliquer à ces faux damnés que toutes les âmes seront sauvées, inévitablement. Les fantômes renoncent alors à obséder l’humanité physique, et ils montent d’une marche l’échelle des êtres.

Quand le dogme de l’enfer éternel s'effondrera, les yeux commenceront à saisir l’éternelle lumière.

Revue BMP N°70-71, septembre - octobre 1989, éd. La Licorne Ailée

La marque irrécusable de la sagesse, c'est qu'elle conduit au bonheur, non pas le plaisir passager des mortels, mais la sérénité profonde, pure, inaltérable, comme le diamant des cieux.
Quand l’homme préfère le glaive des dictateurs à la rose des princes ésotériques, l’heure de la mort sonne lentement. Le cycle de vie se termine et les désintégrations commencent.

Revue BMP N°70-71, septembre - octobre 1989, éd. La Licorne Ailée

Il y a les idées mortes et les idées vivantes.

Les idées mortes flottent sur le grand courant de la conscience comme des bateaux en papier, fragilités blafardes et tristes qui se disloquent au moindre choc.
Les idées vivantes passent, elles, comme des astres aux rayons créateurs qui illuminent l'esprit – elles viennent parfois aussi comme des déesses nues qui nous mettent en rut.
Les idées mortes hantent les cerveaux érudits, l'idée vivante est la lumière du sage et la maîtresse du héros.

Revue BMP N°90, juin 1991, éd. La Licorne Ailée

L'infini du monde nous donne une sorte de sérénité accablante. Tous ces chefs orgueilleux, tous ces empires dévastateurs, disparaîtront dans la mort. Ils iront rejoindre les grands cadavres naufragés dans les siècles abolis.
L'humanité, elle-même, se couchera dans le tombeau des espèces mortes. Et la Terre, ce grain de poussière ? Elle se dissoudra comme une bulle sur l'immensité des mers. Et le soleil s'éteindra comme une bougie consumée. Mais direz vous, ces grandes transformations demanderont des millions de siècles ! Des millions de siècles ? Une seconde pour l'éternité.

Revue BMP N°98, mars 1992, éd. La Licorne Ailée


L'absurde tabou catholique contre les pratiques anticonceptionnelles amènera la mort du monde. Toutes les nations, surtout les primitives, multiplient leurs enfants.

Une marée irrésistible de vivants menace la Terre. L'Asie misérable et hypertrophiée, l'Amérique du Sud, mendiante et monstrueuse, arrivent par vagues au pied du promontoire européen. Quelles ressources faudra t il pour nourrir ce peuplement fou ? Des pilules stérilisantes distribuées aux femmes, freineraient l'effroyable mécanisme... Mais entendez vous le hurlement indigné des moralistes.

Une autre solution ouvrirait la route des étoiles à l'océan des hommes. On pourrait peupler les planètes inhabitées avec le bouillonnement excessif de la Terre. Encore serait il nécessaire d'atteindre ces planètes, de les transformer ensuite. Aurons nous le temps avant la catastrophe ultime ? Les événements se pressent autour de nous comme les fantômes pâles autour du sacrifice d'Ulysse.

Sub Rosa, Revue BMP N°113-114, juin - juillet 1993, éd. La Licorne Ailée

La meilleure attitude envers les morts est de leur envoyer tous les jours une pensée d'amour, une bénédiction bouddhique. Souhaitons qu'ils soient heureux dans le mystérieux voyage de l'Au delà. Ces pensées d'amour les environneront comme des anges protecteurs.

Revue BMP N°121, avril 1994, éd. La Licorne Ailée

Certaines femmes supérieures, après leur mort, choisissent d'être les inspiratrices invisibles des grands poètes. Elles quittent les mondes divins pour se consacrer à leur haute mission.
Au dessus des fronts rêveurs l’œil et l'esprit voient se pencher une lumineuse forme souriante.

Revue BMP N°123-124, juin - juillet 1994, éd. La Licorne Ailée

Les morts enfermés dans le corps astral continuent, quelque temps, à jouer les scènes de la Terre, suivant la vigueur de leurs passions. Des généraux se réunissent sous des tentes de lumière pour discuter gravement la stratégie des guerres invisibles.
Mais les plus heureux sont les savants et les poètes, les premiers habitant des bibliothèques fantastiques où sont enclos tous les secrets de l'univers ; les seconds créant, sur les fils azuréens de leur lyre, des poèmes de couleurs, de formes, de parfums, de goût exquis, de toucher merveilleux qui, pareils à des planètes, tourbillonnent dans le frisson des abîmes étonnés.

Revue BMP N°126-127, octobre - novembre 1994, éd. La Licorne Ailée

La marque des philosophies profondes est le talisman de la joie. Nous nous sentons immortels et nous savons que la vie s'élève inévitablement vers la perfection. Tous les êtres viennent de Dieu et retournent à Dieu. Mort, matière, mal, douleur, ce n'est qu'un jeu d'apparences, une écume sur la face des mers.

Revue BMP N°153, avril 1997, éd. La Licorne Ailée

Les orgueilleux penseurs occidentaux sont scandalisés de rencontrer dans la vieille sagesse orientale la croyance à la Métempsycose.
Quoi ! L’homme, ce roi de la création, redevenir grenouille ou mouche ! Quelle indignité !
Pourtant, que les humains se regardent, sans indulgence, au miroir de la vérité.
Les uns, ne sont ils pas comme des tigres, les autres, bêtes comme des oies, malicieux comme des singes, matériels comme des porcs ?
La loi de la Métempsycose, après leur mort, ne ferait que rendre tangible la forme de leur âme.
Il faut cependant avoir atteint un degré extraordinaire d'abjection pour retomber dans le gouffre animal. La loi qui joue, dans la plupart des cas, est celle de la Réincarnation. Mais les mauvais et les rétrogrades sont rejetés dans les degrés inférieurs.

Revue BMP N°158-159, octobre - novembre 1997, éd. La Licorne Ailée

samedi 14 février 2009

C'est la Saint Valentin

C'est la Saint Valentin
Le ciel est de satin,
Nos âmes de lumière ;
Et nos amoureux chants
De l'aurore au couchant
Tremblent comme des lierres.

Les oiseaux de saphir
Dans les joyeux zéphirs
Sont des baisers qui passent.
Le parfum de ces fleurs
Jette l'amour vainqueur,
Plus vaste que l'espace.

Petit saint adoré
Prend nos rêves dorés
Que la pourpre entrelace
Et porte-les, tremblants,
Jusqu'au seuil fulgurant
De l'éternelle grâce.

14 février 1983
Saint Valentin

BROUSSE François, L’Aigle blanc d’Altaïr
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1987, page 61

SAINT VALENTIN

Valentin, mage fulgurant,
Valentin, saint des amoureux
Poudre d'or et de diamant,
T'apportent mes plus tendres voeux,
En attendant de te serrer
Entre mes bras émerveillés,
Mes pensers, divine princesse,
Vers toi se dirigent sans cesse
Ainsi que les aigles des mers
Autour d'un phare aux yeux d'éclairs
Les grands cèdres métaphysiques
Et les résédas immortels
Dans une magique musique
Viennent fleurir tes doux autels
Car mon amour monte plus fort
Que la tempête et que la mort...
Parfums d'encens, parfums de roses,
En toi mon âme se transpose.

14 février 1990

BROUSSE François, Le Sourire de l’astre
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1998, page 43

vendredi 23 janvier 2009

LA DANSE DE SIVA

Sivâ danse debout dans le gouffre cosmique,
Dont les lointains mirent ses bras multipliés ;
Des soleils jaillissant en cascades rythmiques
Naissent incessamment du frisson de ses pieds.

Une auréole étrange environne sa danse,
Des mondes enflammés s'y tordent en criant ;
Le cadavre du vide, ému d'âpres cadences,
Sent les vivants grouiller dans ses membres géants.

Les constellations se roulent dans l'espace,
Partout la vie sinistre ouvre ses ailes d'or,
Les ciguës affamées dressent leurs bras rapaces.
Les farouches forêts s'élargissent encor...

Sivâ danse, et le vol luxurieux des germes
Baigne la jungle énorme aux cents tigres hurleurs.
L'océan noir remue son gouffre, où l'ombre enferme
Des tourbillonnements d'ivresse et de douleur.

Épouse de la Mort, l'aurore enchanteresse
Écrase les humains sous ses sanglantes roues ;
Les peuples renaissants brillent et disparaissent
Comme l'eau qui ruisselle au flanc des vallons roux.

Sivâ danse, et les dieux formidables éclosent,
Ceints de perles, mitrés de flamme, armés de fer,
Indra, Mithra, Pouchân, rois des apothéoses,
Vritra, Roudra, Yama, souverains des enfers.

Ils trônent au sommet de la coupole immense,
Le tonnerre bondit sous leurs pas irrités,
Tout l'univers s'ébranle autour de leur démence,
Mais les yeux de Sivâ sont pleins d'éternité.

C'est Sivâ qui maintient l'intégrité du monde,
C'est sa danse qui meut les atomes errants,
C'est sa danse qui vibre aux entrailles fécondes,
C'est sa danse qui fait lamenter les torrents !

Mais – ô jour effrayant ! – quand le Danseur Sublime
Cessera de danser dans le chaos divin,
Tout s'anéantira parmi le vaste abîme
Et les cieux s'éteindront ainsi qu'un songe vain.

BROUSSE François, Ivresses et sommeils
Imp. Labau, Perpignan, 1980, page 107

vendredi 16 janvier 2009

LA SONDE

J’ai traversé le drap des morts
Et la plainte insensée des mondes
Les cités de naguère et les rondes
M’ont dévoilé tous leurs essors.

J’ai brisé le piège des sorts
Les énigmes brunes et blondes
Les cathédrales où l’on dort
Les paradigmes que l’on fonde,

La planète disparaîtra
Dans la mélodie de Mithra...

Je demeure et tout se déforme
Je suis le paradoxe énorme
Le témoin que Dieu pénétra
Je suis l’indestructible sonde.

2 septembre 1995

BROUSSE François, Le Pas des songes
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 2001, page 159

jeudi 8 janvier 2009

Parsifal a vaincu le ciel illimité

Des chevaux noirs par des sorcières montés,
Galopaient à travers les sommets grandioses.
La mort jetait en vain ses glaciales roses.
Car toute la montagne en ses gouffres chantait.
Parsifal a vaincu le ciel illimité.

27 novembre 1991

BROUSSE François, Les Transfigurations
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1992, page 260