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dimanche 11 janvier 2015

CHANT DE MAI


Nous allons dans le soleil,
Millions de femmes, millions d'hommes,
Nous allons dans le soleil
Et vers l'avenir vermeil

Nous voulons ressusciter,
Millions d'hommes, millions de femmes,
Nous voulons ressusciter
Le géant Fraternité !

La lumière chante en nous,
Millions de femmes, millions d'hommes,
La lumière chante en nous,
L'éclair brûle nos yeux fous.

La guerre au visage lourd,
Millions d'hommes, millions de femmes,
La guerre au visage lourd,
S'enfuira devant l'amour.

Les frontières des États,
Millions de femmes, millions d'hommes,
Les frontières des États
Disparaîtront sous nos pas.

L'imagination sacrée,
Millions d'hommes, millions de femmes,
L'imagination sacrée
Nous emporte et nous recrée.

Nous méprisons ce confort,
Millions de femmes, millions d'hommes,
Nous méprisons ce confort
Où l'esprit trouve la mort.

Nous sommes les feux follets
Millions d'hommes, millions de femmes,
Nous sommes les feux follets
Des grands espoirs étoilés.

Nous saurons mourir aussi,
Millions de femmes, millions d'hommes,
Nous saurons mourir aussi
Pour tuer votre souci !

Vivre libres nous voulons,
Millions d'hommes, millions de femmes,
Vivre libres nous voulons
Malgré les noirs aquilons.

La fureur des tyrannies,
Millions de femmes, millions d'hommes,
La fureur des tyrannies
N'abat point nos clairs génies.

Le réalisme infernal,
Millions d'hommes, millions de femmes,
Le réalisme infernal
Éteindra son vil fanal.

L'idéal prodigieux,
Millions de femmes, millions d'hommes
L'idéal prodigieux
Ouvre l'infini des cieux...

Nous sommes l'élan français,
Millions d'hommes, millions de femmes,
Nous sommes l'élan français
Des Bara recommencés

Nous sommes le genre humain,
Millions de femmes, millions d'hommes,
Nous sommes le genre humain
Qui s'ouvre un nouveau chemin

BROUSSE François, De l’autre Cygne à l’un
dans Œuvres poétiques – Tome 2
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 384-386

vendredi 15 août 2014

RÉCITATION


Si le doute me séduit
Si la douleur m'envahit
Je me récite des vers,

Si le cosmos me trahit,
Si je me perds dans les puits
Je me récite des vers.

Si le Vrai en vain reluit,
Si la renommée me fuit
Comme un grillon dans la nuit,
Je me récite des vers.

La récitation des vers
Est mon immuable appui.
Tous les chemins sont ouverts
Quand on récite des vers

Dans les astres je m'enfuis ;
L'endroit caresse l'envers
Quand je récite des vers !

9 novembre 1993

BROUSSE François, L’Homme aux semelles de tempête,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1995, page 423

mercredi 6 août 2014

SI


Si vous avez un coeur, offrez le tendrement
À votre bien aimée qu'environne l'aurore.
Elle est comme une source à l'eau fraîche et sonore
Où se reflète la clarté du firmament.

Si vous avez une âme offrez la comme un rêve
De paradis dans la lumière de l'éveil.
Elle respirera cette fleur de soleil
Dont jamais l'exaltant souvenir ne s'achève.

Si vous avez un esprit fier, offrez le Lui
Car son aspiration va plus haut que l'espace.
Que l'univers s'effondre ou que le ciel trépasse
N'importe sur nos fronts l'inconcevable a lui !

22 août 1989

BROUSSE François, La Rosée des constellations
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 101

vendredi 1 avril 2011

VERBE


VERBE

Le Verbe est un bohème
Tout habillé de fleurs
Son colossal poème
Se pénètre d'ailleurs.

Comme un roi patriarche
Il va majestueux
Sous les puissantes arches
Criblées d'étranges yeux.

Nul acier ne résiste
Son souffle emporte au loin
Dans l'au delà des pistes
L'hostie et le benjoin.

Son parfum nous réveille
Il enivre les coeurs
Il est l'immense abeille
Des avenirs vainqueurs.

Je veux entrer, ô Verbe,
Dans ton sein éclatant
Comme une ultime gerbe,
Victorieux du temps !

18 septembre 1992

BROUSSE François, Le Frisson de l’aurore
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, page 149

mercredi 9 février 2011

Elle dort...


– XI –

(…)

Une vierge est couchée au fond de cette tombe.
Elle dort. Ses grands yeux fermés dans la Douleur
Laissent de leurs longs cils couler un vague pleur...
Et l'âme aux plumes de colombe
S'agenouille, accablée, et contemple en rêvant...
La dalle, impénétrable aux yeux de tout vivant
Sous son regard est transparente ;
Au dessus du sépulcre, elle chante une plainte
Qui coule et cesse, au loin, dans la profondeur sainte,
Comme une fontaine mourante... »


FANTAISIES_P_216_6cm – XII –

De même, le génie
Aime souvent pleurer
Et la brise infinie,
Glissant sur la Forêt
Sa dolente harmonie,
Dit : « Soupirez ! »

Je suis agenouillé,
Devant la Poésie,
Sur le gazon mouillé
Qui, de jasmins d'Asie
À corolle choisie,
Est émaillé.


BROUSSE François, Fantaisies, Huitième Livre,
La Poésie Aurorienne, « Aurorienne ou Chez ma Fée », XI et XII,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 2000, p. 218- 219
(Dessin de jeunesse de François Brousse)

mardi 25 janvier 2011

Respect

J'ai pénétré dans l'aventure
Par des passages souterrains.
L'éléphant blanc est ma monture,
Je m'abandonne au vent marin.

On me pousse, l'épée au rein,
Vers les contradictions futures.
L'aigle des nuits sur la mâture
S'abat, dédaigneux et serein.

J'avance, écartant comme un lierre,
Capitulations familières,
Marmelade et civilité.

Je suis le poète cratère
Je ne respecte sur la terre
Que l'immuable Vérité.

25 juillet 1991

François Brousse, Les Transfigurations, p. 127, éd. La Licorne Ailée

mardi 5 mai 2009

NATURE OU SURNATURE


Ils demandaient la vie éternelle à genoux.
Et le bonze, attentif au hurlement des loups,
Contemplait un troupeau de démons, yeux de braises,
Dans l'espace où les grands ouragans sont à l'aise
Le don des langues vole en farouches visions.

Mais, à travers le noir torrent de ces images,
La jeunesse jaillit du fond blême des âges.

Sous le vol inquiet des constellations,
Si tu veux te risquer dans l'immense aventure,
Bois le graal de ta véritable nature...
Sache cueillir la rose aux farouches parfums

Tu comprendras alors que toi et Dieu sont Un.

3 novembre 1987

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 65

samedi 2 mai 2009

L'INCONNU

(Poème déjà édité
dans la revue Conflent , Prades, N°25, Janvier-Février 1965, p. 31)

Je suis le dieu du bien, je suis le dieu du mal
J'erre, étranger masqué, dans la cohue humaine.
Sous un double rayon d'archange et d'animal,
Un caprice inconnu vers les hauteurs me mène.

anc_l_angelusLe bruit clair de mon pas fait trembler les momies
Dans la sérénité lugubre de leur crypte.
L'astre de mon coeur fend les ombres ennemies
Et mes yeux ont conquis les trésors de l'Égypte.

J'ouvre la porte immense et pâle des aurores
Pour contempler la reine au sourire de sphinx.
L'aigle toujours m'emporte en ses ailes sonores,
Je viole parfois l'antre sacré des lynx.

J'entends vibrer vos voix, ô farouches planètes
Qui dansent dans le rire enivré de l'éther !
Le chant des rossignols et le cri des rainettes
Éveillent en mon front l'écho de Lucifer.

Les univers secrets parlent dans mon silence
Illuminé, qu'effare un reflet du Seigneur.
Devant la sombre mer qui toujours recommence
On voit ma silhouette au faîte d'Elseneur.

Qu'y suis-je, ange ou démon ? magicien ou Mage ?
Le manteau du mystère entoure mon exil.
Et les vents inouïs déchaînent leur orage
Pour me jeter vivant dans l'ineffable Avril.

BROUSSE François, L’Angélus des rêves
Éd. Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1978, page 48-49

ASPIRATION


Par ta torche céleste, ô Dieu, tu m'as brûlé.
Mon esprit, dans le feu, goûta l'intelligence.
Ton mystère de gloire éternelle s'élance
Comme un griffon géant dans le gouffre étoilé.

Ton souffle a descellé ma bouche d'acier noir
Pour en faire jaillir les hymnes de la force,
Ô Roi des majestés, tu plaças dans mon torse,
Comme une lampe bleue les trésors de l'espoir !

Quel astre, quel soleil, quel archange de flamme
Pourrait sans vaciller se tenir devant Toi ?
Tu regardes, rêveur, dans la fumée des toits
Les planètes périr sous les replis de l'âme.

Je monte vers ton coeur comme un parfum errant,
Comme un élan d'oiseaux, comme une flèche folle,
Ouvre, ô prince des dieux, ton palais de corolles,
De nids et de points d'or aux pas de ton enfant.

BROUSSE François, De l’autre Cygne à l’un dans Œuvres poétiques – Tome 2
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 351

vendredi 1 mai 2009

RETRAITE


Marguerite

RETRAITE

Je serais une âme discrète
Dans une montagne secrète
Jusqu'à ce que le grand milan
M'emporte au coeur du firmament.

Laissons la Terre épouvantable
Se vautrer sous l'immonde table
Ô poésie, ô saint Amour,
Toi seule boit l'éternel jour.

Les Avatars et les Prophètes
Illuminent nos sombres faîtes
Montons, dans l'immortel moment,
A l'ultime ravissement !

3 juillet 1988

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 86

mardi 28 avril 2009

Ton cœur et ton cerveau

Ton cœur et ton cerveau sont une harpe d’or,
La jonquille dans ton regard veille et s'endort,
Un parfum d'astre t'environne,
Le soleil sur ton front a posé sa couronne
Et nous explorerons ses divins corridors.

23 mars 1986

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 22

mardi 21 avril 2009

DIATRIBE


Oui, vous avez le droit de rejeter Hugo
Et moi j'ai bien le droit de vous trouver idiot !

Vous avez le loisir de faire grise mine
Au géant que l'aurore insondable illumine ;
Mon rêve a le plaisir de vous savoir petits
Et de vomir vos noms dans la fange engloutis.

Touchez avec précaution le feu splendide
Car il pourrait brûler vos doigts.
Ô crapauds bafouilleurs, rampez dans l'ombre vide,
Ces oies se prennent pour des rois...

Pour comprendre le maître, il faut avoir dans l'âme
L'orchestre des parfums, non une plaie infâme ;
Pleutres, vous admirez les écraseurs d'humains
Lui, n'aime que l'étoile aux radieux chemins !

Vils histrions, léchez l'inconstante vipère
Dans vos antres de fiel
Cela n'empêche pas la mer et le tonnerre
D'adorer l'Éternel.

Dans le bleu de l'abîme on voit songer l'augure
L'âme en chantant les Dieux monte et se transfigure.

BROUSSE François, Ivresses et Sommeils
Imprimerie Labau, Perpignan, 1980, page 50

jeudi 16 avril 2009

ÉVEIL

Tu songes loin de moi, je rêve loin de toi,
Nous vivons solitaires.
Quand viendra le soleil, éblouissant les toits,
Emerveillant la Terre ?

Je suis comme un désert foudroyé par le feu,
Comme un arbre sans sève.
Printemps irrésistible ouvre ton regard bleu
Dans les prunelles d'Ève.

La matière s'efface ainsi qu'un sombre rêve !
Ailés, nous monterons, dans le rire de Dieu.

10 mars 1986

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 21

mardi 31 mars 2009

ÉTERNITÉ

Je suis la vie universelle,
Le point créateur d'étincelles,
Le fleuve grondant qui ruisselle
Et tombe dans l'illimité,
Je suis la lumière parfaite,
Je suis l’immesurable faîte,
Je suis la tristesse et la fête,
Je suis toute l'humanité,
Je suis l'inépuisable aurore,
Celui qui sait ce qu'on ignore,
Je suis la flamme qui dévore
Les masques de l'obscurité,
Je suis ce qui sera et n'a jamais été,
Je suis l'éternité.

15 juin 1989

BROUSSE François, La Rosée des constellations
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 49

lundi 23 mars 2009

TOUT





Photo_branche_hiver Je porte sur le front la Lune
Je porte un soleil dans mon cœur
Toute ténèbre est importune
Je porte sur le front la Lune.

Je connais le secret des runes,
Je déchiffre les cieux vainqueurs,
Le cromlech pleure sur la dune,
Le merle pousse un cri moqueur.
Je porte sur mon front la Lune
Et tous les soleils dans mon coeur.

29 octobre 1989

BROUSSE François, La Rosée des constellations
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1991, page 153

samedi 21 mars 2009

LE DISCIPLE


Photo_de_BouddhaÔ Maître, Bouddha éternel
Devant qui les grands dieux s'inclinent,
Refuge des êtres mortels,
Donne moi la haute doctrine !

Protège ton disciple errant
Dans les ténèbres de la Terre,
Montre-lui ton front fulgurant
Qui déchire tous les mystères.

Pour conquérir le Nirvana
L'homme rêve, pleure et t'implore,
Plus pur que le feu de l'Etna
Dévoile ta face d'aurore...

1er février 1982

BROUSSE François, L’Aigle blanc d’Altaïr
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1987, page 42

dimanche 15 mars 2009

LIBERTÉ


Dans les lis et les mirabelles,
Sous le gouffre bleu de l'été,
Les âmes brodent d'étincelles
La robe de l'immensité.

Par les lueurs surnaturelles
Qui tombent d'un ciel enchanté,
Je veux redéployer tes ailes,
Ô grand archange, ô Liberté !

Bonheur, Amour, Intelligence,
Ta main royale les condense,
En une montagne de feu !

Jardin aux éternelles pommes,
Liberté, fier regard des hommes,
Œil irrésistible de Dieu !

BROUSSE François, « Liberté », dans De l’autre Cygne à l’un
Œuvres poétiques – Tome 2, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 373

lundi 9 mars 2009

ESCALIBUR


le_chant_cosmique_de_merlin Parmi la cathédrale.
En brûlantes spirales,
Dames et chevaliers priaient devant l'autel.

Sous les terribles casques,
Sous le ruban soyeux,
Étincelaient des yeux
Pleins de durs tourbillons ou de rêves fantasques.

Le visage des saints
Regardait vers les astres.
Parmi les hauts pilastres,
L'encens irradiait ses lunaires coussins.

Les vitraux, lourds d'extase,
Versaient avec amour
Un tremblant demi jour
Qui transformait les coeurs en séraphiques vases.

Vases faits de clartés
Où brûlent les dictames.
Dans la joie et les flammes,
Les étoiles, là haut, rythment l'éternité.

Comme ils priaient, contrits
Sous l'orgue nostalgique,
Vibra la Voix Magique :
« Demain viendra le Maître élu par Jésus Christ »

La Voix Surnaturelle
Répéta sous la nef,
« Demain viendra le chef
Qui calmera la Terre et règnera sur elle. »

Sous ce cri de victoire,
Tremblaient les assistants
Comme, sous l'âpre autan,
La mer se bouleverse au pied des promontoires

Le lendemain, quand l'Aube
Ouvrit, sur l'or des toits,
Ses grands yeux qui chatoient,
Tandis qu'elle couvrait l'océan de sa robe,

Sur la Place, occupée
Par le peuple en prière,
On vit, sur l'ample pierre,
Une enclume de fer où plongeait une épée.

D'où venait cette enclume ?
D'où venait ce rocher ?
Quels cieux effarouchés
Couvèrent cette épée que la gloire consume

Sur la pierre profonde
Ces mots, dans une aura :
« Celui qui ôtera
De l'enclume l'épée, sera le roi du monde ! »

Éclaboussés d'orgueil
Comme d'un sang sauvage,
Les Nobles, pleins de rage,
Se pressèrent autour du formidable seuil.

Mais en vain leurs mains fortes
S'épuisaient sur l'épée.
D'abîme enveloppée,
L'enclume restait close ainsi qu'une âpre porte.

Ô flots de désespoir,
De sueur et de honte,
Sans que le glaive monte
Même d'un cheveu frêle au dessus du bloc noir !

Abandonnant la lutte,
Les mains ensanglantées,
De dépit se heurtaient
Sous les nuages clairs qui roulaient leur volute.

Du peuple souriant
Fusaient les moqueries
Tandis qu'en pierreries
Étangs, fleuves et mers reflétaient l'Orient.

La Terre entière prise
Dans les rayons câlins,
Alors parut Merlin
Sous son manteau de pourpre où les reflets s'irisent.

« Hauts Seigneurs, dit le Mage
Ruisselant de vertus,
Voici le jeune Artus
Qui pour vaincre le fer a roidi son courage

Permettez à ces mains
Toutes pures et neuves,
De hasarder l'épreuve :
Le pas de l'inconnu sonne sur nos chemins ... »

Un rire dérisoire
Répond au roi des fées.
Les barons stupéfaits
Devant le mince Artus remâchent leur déboire.

Claquant leurs éperons
Dédaigneux, ils détaillent
Cette fluette taille,
Ce pauvre adolescent qui brave les barons

Palpitante hirondelle
Dans la fureur des vents,
Artus blêmit, levant
Son front que prédestine une perle immortelle.

Mais du peuple, soudain,
Monte une clameur vaste,
Son souffle enthousiaste
Courbe comme roseaux le Noble et son dédain.

« L'aventure le tente,
S'exclament les truands
Place au nouveau géant,
Dieu veuille lui donner la couronne éclatante ! »

Merlin dit: « Ô mon fils,
Ta victoire est certaine
Saisis l'épée hautaine,
Sois comme un Pharaon qui rentre dans Memphis ! »

Le damoisel, qu'enflamme
Un rayon souverain
Prend la poignée d'airain
Et de l'altière enclume il retire la lame.

L'épée, heureuse et libre
Jette un éclair, pareil
A l'éclat du soleil
Quand sous ses talons d'or le sombre océan vibre.

Un geste solennel
Lève l'épée hagarde.
Merlin, joyeux, regarde
La grande Escalibur qui pointe vers le ciel

BROUSSE François, Le Chant cosmique de Merlin
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1995, page 45-50

dimanche 8 mars 2009

UN BAISER



Je voudrais un baiser, qui me le donnera ?
Je voudrais un baiser, un baiser sur la bouche,
Mais il faut un coeur vierge à mon désir farouche,
Ce coeur tranquille et pur, qui donc me l'offrira ?

Je suis l'homme énervé qui se tord sur sa couche...
Ce baiser, je l'attends ; s'il vient, il calmera
Mon esprit vif, qui sensitif toujours vibra.
Mon désir fou, hélas ! fuit comme un vol de mouche.

Du seul amour charnel tous les corps sont emplis.
Tremble t il une fleur ? Scintille t-il un lys
Dans l'être merveilleux et noir qu'on nomme femme ?

Je suis le cerf des bois qui cherche un clair ruisseau.
Mon voeu court dans le ciel, tel un frêle cerceau...
Qui me le donnera, ce baiser ? Moi, dit l’âme.

08-07-1928

BROUSSE François, Voltiges et vertiges, dans Œuvres poétiques – Tome 2
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1988, page 80

vendredi 6 mars 2009

L'IDÉE DE DIEU



Le matin déployait sur les montagnes roses
Ses ailes d'écarlate aux frissons éclatants,
Et les gouffres environnaient l'aigle titan
De votre orgue effrayant, ô forêts grandioses !

Le fleuve entrelaçait de bleues métamorphoses
Les grands mirages verts qui peuplent le printemps ;
Des fleurs énormes, des calices exultants,
Offraient aux papillons un miel d'apothéose.

Les paons de neige et d'or volaient dans les ravins.
L'Homme sentait l'immense harmonie du Divin
S'abattre sur son coeur du front sacré des cimes,

Et, vibrant avec la Terre ardente, il voyait,
Derrière le soleil dont les yeux flamboyaient,
Un Père Tout Puissant sourire dans l'abîme.

BROUSSE François, Le Poème de la Terre
Dans Œuvres Poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailé, Clamart, 1986, page 43

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