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samedi 12 février 2011

LA GRANDEUR DE L'HOMME


LA GRANDEUR DE L'HOMME

Oui, l'homme passe sur la Terre,
Comme un reflet plaintif sur l'eau !
Le souvenir se désaltère
Dans la fontaine des sanglots !

La splendeur des grands temples tombe,
La perle des plaisirs s'éteint
La croix terrible de la tombe
Luit dans l'implacable lointain.

Avant d'être une pourriture
Toute grouillante de fourmis
Son coeur morne s'offre en pâture
Aux dents des vices ennemis.

Il héberge, avant qu'on le couche
Au lit de l'éternel hiver,
La douleur, ce serpent farouche,
L'infamie, ce livide ver,

Mais qu'importe ! Un esprit sublime
Palpite sous son crâne en feu
Sur les prodigieuses cimes
La foudre embrase ses cheveux

Il resplendit, torche vivante,
Parmi les profondeurs du soir !
Les étoiles qui s'épouvantent
Baisent ses pieds de granit noir

Il se dresse, plein de colère,
Dans le grand silence des cieux,
Contre les portes séculaires
Contre le sphinx mystérieux,

Et il dérobe, fou d'audace,
Malgré les clameurs de la nuit,
Malgré la flamme qui terrasse
Ses yeux brusquement éblouis,

Pour transformer le crépuscule
En un grand triomphe vermeil,
L'étincelle immense qui brûle
À la roue du char des soleils !


BROUSSE François, Chants dans le ciel, dans Œuvres poétiques – Tome 1,
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986, p. 132-133

samedi 2 mai 2009

L'INCONNU

(Poème déjà édité
dans la revue Conflent , Prades, N°25, Janvier-Février 1965, p. 31)

Je suis le dieu du bien, je suis le dieu du mal
J'erre, étranger masqué, dans la cohue humaine.
Sous un double rayon d'archange et d'animal,
Un caprice inconnu vers les hauteurs me mène.

anc_l_angelusLe bruit clair de mon pas fait trembler les momies
Dans la sérénité lugubre de leur crypte.
L'astre de mon coeur fend les ombres ennemies
Et mes yeux ont conquis les trésors de l'Égypte.

J'ouvre la porte immense et pâle des aurores
Pour contempler la reine au sourire de sphinx.
L'aigle toujours m'emporte en ses ailes sonores,
Je viole parfois l'antre sacré des lynx.

J'entends vibrer vos voix, ô farouches planètes
Qui dansent dans le rire enivré de l'éther !
Le chant des rossignols et le cri des rainettes
Éveillent en mon front l'écho de Lucifer.

Les univers secrets parlent dans mon silence
Illuminé, qu'effare un reflet du Seigneur.
Devant la sombre mer qui toujours recommence
On voit ma silhouette au faîte d'Elseneur.

Qu'y suis-je, ange ou démon ? magicien ou Mage ?
Le manteau du mystère entoure mon exil.
Et les vents inouïs déchaînent leur orage
Pour me jeter vivant dans l'ineffable Avril.

BROUSSE François, L’Angélus des rêves
Éd. Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1978, page 48-49

vendredi 12 septembre 2008

SILENCE

La rose du silenceLa rose du silence
Effeuille ses pétales,
Et mon esprit s'élance
Vers la flamme idéale.

Quand on se tait la nuit
On touche les soleils,
Ils volent éblouis
Vers l'Être sans pareil

Mais les pétales d'or
Nous transportent là haut
Plus loin que les griots
Plus loin que les essors.

Je ne veux plus entendre
Que les choses muettes
Dont les frissons si tendres
Réveillent les prophètes.

Je me couche, rêveur,
Sur un lit de mutisme
Tandis que ma ferveur
Berçant les magnétismes,
Caresse les charismes.

31 octobre 1993

François BROUSSE, L’Homme aux semelles de tempête
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1995, page 403