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jeudi 18 mars 2010

PARUTION du FILM " François Brousse un sage de bonne compagnie"


ROND_DVD_PNGLe film documentaire François Brousse un sage de bonne compagnie a été réalisé à l’occasion de l’Exposition François BROUSSE Son oeuvre et la presse à la Médiathèque de Perpignan en déc. 2006. On y découvre un philosophe inspiré, végétarien et visionnaire.

Ce film prolonge un premier documentaire François Brousse évoqué par ses amis, (Production La Compagnie de l’Étoile, oct. 2005, 45 min.) projeté en avant-première au Centro Espagnol de Perpignan dans le cadre de la Commémoration des dix ans de la mort de François Brousse en 2005.

BON DE COMMANDE

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Jacquette_FACE

Film documentaire – (1h20, avril 2009)
Réalisation : Thomas HARLAY
Production : La Compagnie de l’Étoile

En Bonus, le film documentaire :
François Brousse évoqué par ses amis



Boîtier DVD slim 13,5x19cm ; durée totale : 2h05
Date de parution : quatrième trimestre 2009

samedi 2 mai 2009

APOLLONIOS


La pourpre romaine couvrait le monde, comme un immense velarium aux éclairs terribles ; les peuples restaient pâles et calmes pareils à l’océan sur lequel l’aube va resplendir ; et la Terre frémissait, lorsque Dieu suscita une grande flamme sereine dans la petite ville de Tyane.

Cette flamme sortit du front et des prunelles profondes du jeune Apollonios.

À peine les lauriers roses s’étaient-ils effeuillés douze fois autour des blanches colonnes où venaient se reposer les colombes, que déjà une grâce mystérieuse, une majesté souriante et pure aimantait ce crâne fatidique.

Un fluide d’harmonie baignait cet enfant extraordinaire ; son lumineux visage, élargi vers le haut, semblait une torche de cire dont les boucles d’or figuraient les flammes tordues ; ses membres, divinement proportionnés, rayonnaient une blancheur éclatante ; ses yeux, trop vastes, effrayaient par leur intelligence bleue et infinie ; et lorsqu’il souriait, c’était une ouverture des cieux écarlates.

Jamais on ne le vit rire ; parfois il s’adossait à une colonne d’albâtre, croisait ses bras et songeait lugubrement ; alors une formidable souffrance, pareille aux ténèbres sacrées des branchages assombrissait ses regards splendides.

Il aimait le Soleil au-dessus de toutes choses ; il restait des heures dans le flamboiement de l’astre qui allumait un incendie d’or parmi sa chevelure.

Sa mère, effarée par cette symphonie vivante, ce dieu enfant, songeait souvent à l’étrange naissance d’Apollonios, et se demandait dans son angoisse si elle n’avait pas jeté à la lumière le successeur prédestiné des Douze Dominateurs de l’Univers.

Car il était né avant terme, comme un aiglon impatient de briser sa coquille, et voici de quelle manière bizarre.

Un jour, dans la splendeur de l’après-midi brûlante, la jeune femme enceinte se promena dans une prairie déserte, aux environs de Tyane, sous le dôme d’un azur incandescent.

L’herbe, sauvage, verte et douce, offrait un tapis de gloire à ses pieds délicats ; les cyprès calmes comme des dieux familiers lui souriaient de loin ; l’eurythmie des lignes transparentes s’amplifiait jusqu’à la mer lointaine dont le maléfique murmure s’emprisonnait dans les cheveux pleins de brises…

La promeneuse, lassée par la chaleur et son fardeau vivant, se coucha à l’ombre d’un arbre, et s’endormit dans le flottement de la maille noire et vermeille.

Or, tandis qu’elle dort, voici que des ailes violemment blanches flamboient à l’horizon ; les cygnes sauvages aux yeux solaires, à l’envergure hiératique, viennent des lointains indéfinis.

Ils s’approchent de la dormeuse, comme fascinés par un magnétisme surnaturel ; et leurs cris rauques, clairs et vrillants, et le tumulte inextinguible de leurs ailes réveillent en sursaut la femme sacrée qui, dans une clameur d’épouvante, crache avec la bouche de son ventre fendu, parmi le sang et les contorsions celui qui sera plus tard le céleste Apollonios.

Les oiseaux magnifiques saluaient ainsi le futur cygne de l’intelligence, le splendide errant de l’esprit, le vagabond royal de l’âme !

Les grands êtres de l’abîme qui se tiennent debout auprès du trône de Dieu semblaient presque visibles en cet enfant. Or, son père le voyant croître comme un palmier que baigne tous les matins la bénédiction des cieux, l’envoya compléter ses études à la ville de Tarse.

Un vent de voluptés et de parfums soufflait sur cette ville. Les étudiants aux chlamydes immaculées, aux cheveux ceints de pourpre, après avoir contemplé la splendeur de la pensée dans Pythagore et Platon, adoraient la douceur de la chair dans les corps impudiques des jeunes femmes. Le soir, quand le sourire nocturne épanchait son charme transparent sur les orangers pleins dune immense senteur, le long du Cydnus gorgé d’étoiles, marchaient les adolescents pensifs donnant la main aux lascives adolescentes, vêtues de robes fendues sur le côté et couronnées, comme d’un astre d’ambre, par les hauts peignes triangulaires. Les ailes de la chaleur couvaient Tarse, oeuf de corruption, et leurs ongles terminaux excitaient les nerfs, les muscles, les ventres. Des traits de feu jaillissaient de la pointe des seins tendus, des éclairs sillonnaient les croupes palpitantes, un poison de braises brûlait les bouches sanglantes comme un taureau égorgé. Et, sur l’énorme bûcher des membres convulsifs qui flambaient épouvantablement, le vin, le vin perfide, versait sa coupe forcenée, son fleuve d’escarboucles fumantes ! Ce foyer de vie colossale vomissait, hélas ! parmi les fécondes étincelles, des vastes tourbillons d’ombre au ciel muet.

Le bûcher de ces corps effrontés fut un phare pour le jeune mage ; cette flamme violente lui illumina les gouffres carnivores qui serpentent autour de la sensualité, soit qu’il vit périr dans d’horribles convulsions quelques malheureux camarades abreuvés trop souvent à la coupe d’impudicité ; soit que le Daïmon supérieur, dont les ailes se croisaient en armure protectrice sur la poitrine d’Apollonios, l’ait châtié de ses déviations.

Apollonios traversa donc ce fleuve de soufre passionné, aux flots pleins de sirènes et de mort, comme un aigle traverse l’embrasement des cieux d’aurore, sans s’y brûler. Cette victoire ajouta une couronne de lumière à sa splendeur, car l’être dont les yeux n’aiment que les pensées profondes, dont l’âme ne veut que la beauté des astres ; celui qui force les tigres de ses sens à soutenir la base de son trône, celui qui respire l’harmonie du monde invisible, celui là porte au fond de son coeur une flamme qui rayonne parmi sa chair transparente.

Le prophète naissant comprit cette vérité sereine en comparant le rayon de son visage divin et les gueules ou les groins des hommes qu’enveniment le matérialisme, la débauche. Et il voulut conserver sa face resplendissante ; le rang qu’il avait devant la bonté de Dieu.

Et il réfléchit sur le corps, miroir de l’âme.

Ses parents lui avaient donné comme maître le philosophe Euxène, dont la réputation était grande parmi les Hellènes. Euxène ne croyait pas aux Dieux ; il aimait le vaste esprit d’Epicure, mais il ignorait l’austère vie de ce géant.

Un jour Apollonios demanda à son maître de lui expliquer la création du monde, le jaillissement de la chaîne des êtres, comment l’univers creva l’oeuf informe du Chaos pour se déployer dans l’ordre lumineux, de quelles mains aveugles ou intelligentes tomba l’immense tissu des choses.

Euxène lui répondit en ces termes :

Les êtres multiples qui se meuvent sous tes yeux, la matière morte, comme la substance vivante, sont constitués par d’éphémères agglomérations de points animés : les atomes. À l’origine, ces atomes tombaient, tombaient toujours dans l’immensité du néant, du vide, de la mort immuable, infinie. Ils tombèrent ainsi, pendant une période incommensurable, et leurs tourbillons emplissaient la nuit comme d’effrayants moustiques. Enfin, à une époque que seuls les Olympiens – s’ils existaient – pourraient peut être déterminer, quelques atomes, au lieu de tomber verticalement, obliquèrent, s’amalgamant ainsi aux atomes voisins. Ce mouvement spontané, absolument sans cause, propagea un trouble immense à la pluie des atomes qui se mêlèrent, s’embrassèrent, se fondirent dans un orage inattendu. Leur innombrable coït forma les mondes qui rôdent dans ce qui n’a pas de limites, et parmi ces mondes : la Terre. La Terre ouvrit ses puissantes matrices et les animaux, les plantes et les hommes furent jetés à la lumière. Mais les animaux, les plantes, les hommes, les mondes sont des bulles qui doivent crever ; l’assemblage des atomes qui constituent leur vie ne dure qu’un temps ; après quoi la chaîne vitale se rompt, et les atomes rentrent dans le calme. C’est pour cela que les êtres meurent tous. Et la Terre elle même, qui nous semble indestructible, entrera dans l’universel charnier. Seulement, comme elle est plus grosse, sa vie est plus longue, et bien des générations auront exhalé leur dernier soupir avant que la première ride atteigne sa face auguste. C’est tout le secret de la création.

Mais, dit Apollonios, qui a créé ces atomes ?

Personne ; ils sont éternels, indestructibles. Avant le monde, ils étaient ; ils seront après le monde. Le mouvement spontané qui les pétrît en êtres vivants est une simple qualité inhérente à leur substance. Cette qualité se retrouve et se développe dans leurs progénitures d’organismes pour aboutir à la liberté humaine. La diversité des races se comprend par la diversité des combinaisons ; et les différences entre les vivants d’une même race ont leur secret dans l’hétérogénéité des atomes, dont pas un ne ressemble complètement à un autre.

Mais, ô Euxène ! dit Apollonios, ces atomes qui produisent des êtres intelligents et sensibles sont donc eux mêmes intelligents et sensibles, sans cela ils ne pourraient enfanter des vivants d’une autre nature que la leur, pas plus qu’une autruche ne pourrait pondre un palmier.

Il suffit, répondit Euxène après avoir réfléchi, que l’intelligence et la sensibilité sommeillent au fond de ces atomes, comme l’incendie sommeille dans une forêt jusqu’à ce que des circonstances extérieures l’y réveillent. Les circonstances seraient ici les diverses combinaisons que forment ces atomes. C’est d’ailleurs par hasard que certains mariages d’atomes engendrent l’intelligence et la sensibilité, et c’est par une suite de hasards que les atomes continuent à donner les mêmes résultats.

Il est bien difficile d’admettre tant de hasards, dit Apollonios en souriant. Et puisque rien ne vient de rien, il faut à toute force que ces atomes possèdent un peu d’intelligence pour organiser en s’additionnant une plus grande intelligence ; de même pour la sensibilité. Sinon, il n’y a qu’à admettre que les mondes jaillirent d’un bloc du néant, car un mouvement sans cause d’un atome vaut bien la création sans cause, d’un univers. Les deux phénomènes sont aussi incompréhensibles l’un que l’autre. Donc, certains atomes sont intelligents et sensibles. Il existe une infinité d’atomes ; comme l’infini contient tous les infinis, il y a par suite une infinité d’atomes intelligents et sensibles. Mais alors puisque moi intelligent et sensible je suis un ensemble d’atomes, pourquoi l’ensemble de l’infini des atomes ne formerait il pas un Dieu dont l’intelligence et la sensibilité n’auraient pas plus de limites que son corps ? Je sais qu’il peut exister aussi une infinité d’atomes inertes, mais, puisqu’ils sont inertes, ils n’auraient pas de mouvement propre, pas de vie, donc ils n’existeraient pas, étant à la fois invisibles, inactifs, inconscients. Même en supposant qu’ils existent, ils ne pourraient former un immense principe opposé au premier, car ce principe constitué par une synthèse d’inconsciences ne serait qu’une inconscience sans bornes, incapable de personnalité, donc soumis en tout à l’Éternel Moi de l’Abîme.

Et Apollonios continua dans un enthousiasme serein.

Je crois en Dieu Absolu. Tout me le prouve. Le flamboiement du soleil n’est qu’un lointain reflet de son visage, c’est dans son vaste coeur que sanglotent les fleuves, dans son cerveau mystérieux que se lèvent les astres ; la nuit, les mondes épars dans le gouffre font entendre à mon âme une harmonie sublime, un hymne à la gloire de l’Incréé. Les créations vivent perpétuellement de son souffle et, Lui ôté, ô Euxène, rien ne serait plus et rien n’aurait jamais été !

En ce temps là, Euxène et Apollonios allèrent à la ville d’Egées, que dominait un temple grandiose, dans les entrailles duquel se passaient des mystères plus grandioses encore. Car ces prêtres étaient des Sages.

Certains coins du monde sont pleins d’un souffle extraordinaire. L’ouragan de l’Esprit bouleverse leurs cieux étranges. Des êtres inouïs chevauchent leurs nuages, on sent des palpitations d’ailes dans leurs rayons, des fantômes agitent des torches au fond de leurs crépuscules. On voit distinctement la porte de l’Au delà qui s’entrebâille. Leurs paysages s’illuminent d’un reflet de vertige et de tombe. Des voix passent dans l’air échevelé. Ce fluide de miracle baignait le temple. Il suffisait aux prêtres d’avoir une vie pure, le front plein de contemplations étoilées, pour acquérir un immense pouvoir sur la foule des estropiés et des malades qui tendait ses mains douloureuses vers le dieu. De là des prodiges, des guérisons étonnantes dans la flamme sans cesse renouvelée des désirs créateurs, de la volonté thaumaturge ; car le Prêtre, adossé au sépulcre, avait les âmes des morts dans sa chevelure prophétique.

Ce temple surnaturel fut la caverne d’Apollonios. Le jeune lion, instruit par une méditation et par une ambiance de sagesse, renonça dès lors à se nourrir d’aucun animal. Il laissa librement croître et ruisseler l’or de sa chevelure. Il repoussa le vin farouche, où brûle une phosphorescence infernale. Le lin, innocent de tout massacre, vêtit son corps pur ; et ce fut les pieds nus qu’il marcha au milieu d’une apothéose de douceur. L’aurore de la Divinité illuminait cette âme ; la bénédiction tombait de son sourire, l’amour rayonnait de ses yeux.

Sa seule présence guérissait les malades. Il imposait ses mains radieuses sur leurs plaies qui se fermaient aussitôt. Sa pensée profonde et calme chassait les forces mauvaises qui bourdonnent sur les hommes comme des guêpes attirées par les sanies. Il occupait le centre d’un monde consolant, d’une sphère de résurrection. C’était le messager de la bonté des astres. Quand il levait la main, des dieux semblaient sortir de ses doigts.

Pendant quatre ans il ne prononça pas une seule parole, selon la règle du divin Pythagore qui voulait faire de toutes les énergies du sage une muette armée de sculpteurs, perpétuellement occupés à tailler l’âme informe, le marbre intérieur, suivant le profil des Dieux. Ce fut une chose étrange de voir, quatre ans de suite, ce sublime silencieux marcher comme un pâle ressuscité, encore ivre des merveilles de l’autre monde.

Lorsque le temps eut descellé les lèvres mystiques d’Apollonios, son maître Euxène, qui s’épouvantait de son étrange croissance, tenta de ramener ses regards de l’égarement des cieux à la réalité de la terre.

Ils eurent ce dialogue ; un jour que le cristal bleu des lointains tremblait dans une fièvre de plaisir et de transparence sereine ; tandis que les arbres penchaient sur leurs cheveux la fraîcheur éblouissante de leurs palmes vertes, et qu’un vol de cygnes emplissait les azurs de son tumulte de neiges hallucinées.

Apollonios ! tu es pâle à rendre jalouse la Reine des ténèbres éternelles. Tu accomplis des miracles, tu guéris les malades, tu rends joyeux ceux qui sont en bonne santé. Bref, tu es un vrai prophète. Mais crois tu atteindre le bonheur par cette méthode ? Tu ne dors presque plus, tu ne manges presque plus et jamais de la nourriture vivante, tu vis dans la prière, tu te conserves pur de corps et d’âme. Veux tu mon opinion, tu es trop sage, tes sacrifices sont inutiles. L’homme ne peut atteindre qu’à une vertu moyenne, ta vertu à toi est la vertu des dieux !

Tu te trompes, Euxène, l’homme vit dans le cœur des grands dieux, et son rôle c’est de se purifier jusqu’à se rendre digne de la substance divine qu’il habite. Il est comme le Phoenix (phénix) immortel, à qui la foudre avait cassé les ailes et qui était tombé au fond de la mer. Il gémissait parmi le fourmillement des monstres de l’ombre, mais chaque fois qu’il levait les yeux vers le jour pâle et sublime qui transperçait le haut de sa prison étouffante, l’indestructible oiseau sentait les forces lui revenir, les chairs reprendre à son aile cassée, l’espoir l’éblouir ; mais chaque fois que ses yeux retombaient dans la boue, le dégoût, la douleur, la nuit lui remontaient au coeur. L’homme, c’est le Phoenix foudroyé. Il doit tendre à l’évanouissement dans l’aurore libre, et non pas trébucher gauchement entre le gouffre d’en haut et l’enfer d’en bas, comme une sorte de monstre aveugle qui ne sait ce qu’il veut. L’homme, c’est le foyer de douleurs où se blanchit la robe du dieu tombé dans la matière, qu’il reste calme sur son trône de flamme, et il s’assiéra au front des cieux. Le sang de l’homme, vois tu, c’est l’immonde élixir qui redonne la lumière à celui qui l’a perdue. Le Destin, immense et voilé, frappe l’homme, et des plaies de l’homme s’écoule une eau purificatrice – la souffrance – qui le libère et le lave peu à peu ; et ainsi, de la chrysalide du corps physique, jaillit, à l’instant de la mort, l’esprit ailé de flammes qui va butiner les augustes corolles de Dieu. Sache, ô Euxène, que c’est toi même, de ton marteau et sur ton enclume, qui forges ta vie future.

La Justice éternelle est debout sur la création. Toutes les actions de l’homme, toutes ses pensées, tous ses désirs, rien ne tombe dans le néant. L’homme libre se meut librement entre le Mal et le Bien ; il peut choisir entre la fange et l’ambroisie. Mais, ce qu’il fait, l’Éternel, de sa grande plume, l’inscrit sur son livre. Et, à l’heure de la mort, l’homme voit s’ouvrir le Livre de Dieu.

Les êtres forment une chaîne immense qui part de plus bas que le minéral pour aboutir à plus haut que l’Olympien. Les plus heureux sont ceux qui se rapprochent le plus du Cœur’ universel, ceux qui reçoivent le plus de soleil et d’amour, les voisins de l’Etre infini. Les malheureux sont ceux qui se tordent dans l’ombre loin de Dieu. L’âme humaine, arrachée à son corps, s’incarne, si elle s’est mal conduite, dans un organisme inférieur, animal ou végétal. Dans cette prison de fibres elle souffre de la soif de Dieu. Mais cette souffrance n’est pas éternelle. Quelle monstruosité que d’écraser la faute éphémère sous un châtiment éternel.

L’âme, lavée par la douleur, s’évade de son bagne, brise son carcan, et remonte à l’homme. Là, de nouveau libre, elle agit ; et, selon ses actes, la Mort, géant formidable dont les ailes touchent aux astres, prenant l’esprit dans ses poings grandioses, le rejette dans les ténèbres ou le précipite plus près du rayonnement du Centre inouï. Les ouragans de l’extase l’attendent alors, et elle peut indéfiniment gravir les métempsycoses de lumière, ou choir de nouveau dans le gouffre humain. Voilà l’immense loi qui traverse le monde, le réseau nerveux qui parcourt le Grand Tout. Comprends tu maintenant pourquoi je vis comme un dieu ? C’est que je veux prendre place dans leur divine assemblée, que je veux m’abreuver à la coupe d’amour que tend le Dieu des dieux aux Fils de la Lumière. Je veux être une des flammes vivantes qui forment la couronne du Grand Invisible. Je veux m’irradier dans la gloire de l’Infini. Je veux me fondre au brasier de l’Éternel.

BMP N°171 – décembre 1998

vendredi 1 mai 2009

RETRAITE


Marguerite

RETRAITE

Je serais une âme discrète
Dans une montagne secrète
Jusqu'à ce que le grand milan
M'emporte au coeur du firmament.

Laissons la Terre épouvantable
Se vautrer sous l'immonde table
Ô poésie, ô saint Amour,
Toi seule boit l'éternel jour.

Les Avatars et les Prophètes
Illuminent nos sombres faîtes
Montons, dans l'immortel moment,
A l'ultime ravissement !

3 juillet 1988

BROUSSE François, Le Graal d’or aux mille soleils
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1989, page 86

XIX. Le Grand Soleil - QUITOLATH

19_lameCe hiéroglyphe = 19 = S.
Il exprime dans le Monde Divin : le Ciel Suprême, le ciel de feu ; dans le Monde intellectuel, les vérités sacrées ; dans le Monde Physique : le bonheur.

Un immense soleil éclaire de ses rayons bienfaisants les deux enfants nus, fille et garçon, qui se prennent par la main et se sourient tendrement. Ils se tiennent debout au centre d'un triple cercle de fleurs éclatantes, rouge à la périphérie, puis bleu, puis de couleur d'or. A droite un cygne resplendissant plane dans le ciel ; à gauche, c'est un rossignol géant, aux yeux de perle.

Cette lame est en rapport avec le Soleil que regarde le génie Mikhaël. Son reflet multiple étincelle dans I'hellénisme de Julien l'Apostat, la religion divine de l'empereur Akbar, et la doctrine du Comte de Saint-Germain.

Résumons la métaphysique Solaire. Dieu, l'absolu, l'éternité, l'infini, la perfection, ne peut-être représenté par aucune image sensible. Néanmoins les soleils contiennent le plus d'essence archangélique, ils sont les visages éblouissants de l'Être Inconnaissable. Dans ces tabernacles de feu vivent les âmes libérées qui ne veulent plus avoir de contact avec la matière, et les âmes libératrices qui s'incarnent périodiquement pour apporter aux habitants planétaires la lumière de la vérité.

Parmi les soleils, deux nous intéressent fondamentalement: l'astre du jour, dont l'esprit se confond avec le Verbe, et le grand soleil central de la Galaxie, qui renferme dans sa sphère grandiose toute la quantité de Dieu susceptible d'être incorporée.

Par le végétarisme, l'amour universel, le respect des choses éternelles, par la contemplation des vérités métaphysiques (le Cygne), par la création d'une oeuvre d'art (le Rossignol), l'âme humaine finit par retrouver en soi l'Etincelle Solaire. Alors l'enfant du Soleil revient à sa patrie incorruptible.

Sur le plan historique, les dates dont l'addition théosophique marque 19 soulignent habituellement la paix. Elles ont des radiations surprenantes, mais bénéfiques. Par exemple, au XXe siècle, en 1909, le pôle Nord est atteint ; en 1918, c'est l'Armistice ; en 1936, c'est le Front Populaire, qui transforme socialement la France ; en 1945, c'est la reddition inconditionnelle de l'Allemagne et du japon ; en 1954, c'est la solution du problème indochinois ; en 1963, c'est le rapprochement entre les géants ennemis : l'U.R.S.S. et l'Amérique. Espérons pour 1981 et 1990 un nouveau soleil de concorde.

Sens horoscopique :
Tu seras heureux parmi les rayons de la paix et de l'harmonie, si tu sais renfermer le bonheur dans le secret de ton âme.

Extrait du livre La Trinosophie de l'Etoile Polaire, éd. La Licorne Ailée, 2ème éd., 1990, p. 186-188

lundi 6 avril 2009

Péhadrita parmi les étoiles (Extrait)


Roman fantastique de François Brousse

Péhadrita voguait de révélation en révélation. Le séjour parmi les hommes oiseaux lui plaisait infiniment. Ils se pressaient autour d'elle avec une curiosité amicale, les petits bondissant, les adultes et les vieillards pleins de sourire. Ce peuple unissait à un sens aigu de l'humour une bienveillance inaltérable. Eor, le cicerone de Péhadrita, lui montra les enclos où l'on cultivait le blé vénusien, la nourriture sacrée. De très hauts plateaux qui s'étendaient pendant des lieues et que recouvrait une carapace de matière transparente. Sous cette carapace, à l'abri des orages démesurés, foisonnaient vertigineusement des épis immenses, gros comme des pommes terrestres. L'homme oiseau et la Myrrhaenne, tels de bizarres insectes, vinrent s'abattre sur une vitre, Péhadrita ne pouvait se lasser de contempler l’océan roux, immobile, des blés géants, sous l'écran de cristal. Eor expliqua comment ces puissantes céréales provenaient d'une sélection intensive, dirigée pendant des siècles par l'intelligence des Vénusiens.

pehadrita_faceLes hommes oiseaux, dit Eor, possèdent un avantage inappréciable sur les autres règnes de la planète : ils se nourrissent uniquement de graines. Tandis que les dinosauriens dévorent la chair palpitante qui écrase leur cerveau, nous savourons des aliments purs. Ainsi notre destinée n'a pas à supporter le poids des souffrances animales, que la Justice Absolue renvoie sur leurs auteurs. Plus tard, dans quelques milliers d'années, nous pourrons tirer directement des radiations solaires les forces nécessaires à la vie. En attendant, nous nous délectons avec gourmandise de nos épis au goût délicieux.

– Les Myrrhaens, fit observer Péhadrita, ont atteint déjà le stade où l'on puise les énergies vibrantes de l'espace.

– Oui, dit en méditant Eor, votre race au point de vue matériel dépasse la nôtre. Votre corps paraît intermédiaire entre la matière pesante et l'éther subtil. Mais peut être possédons-nous une connaissance plus grande des secrets divins.

Péhadrita sut plus tard comment les hommes-oiseaux avaient découvert les plus hautes réalisations techniques, fabriqué des astronefs capables de les conduire jusqu'aux frontières du système solaire, et donné à leurs organismes une santé parfaite. Cependant la technique les intéressait médiocrement. Ils préféraient cultiver leur vie intérieure, s'adonner au mystère le plus échevelé, à la métaphysique ardente, et surtout à l'extase divine de l'Art. Chez eux, pullulaient musiciens, peintres, sculpteurs, poètes. Comme disait Eor, au lieu de perdre leur temps à détruire des planètes par explosions atomiques, ils aimaient mieux chercher dans leur coeur le point vital où l'âme individuelle rejoint l'âme universelle. Ils avaient pour la vie un respect total, an point de ne jamais tuer même un insecte. Comme les Myrrhaéens, les hommes oiseaux admettaient une évolution incessante allant de la pierre à Dieu, et faisant de tous les êtres les maillons d'une chaîne fraternelle.

(...)

Eor et Péhadrita aimaient se promener ensemble dans la pure atmosphère, tandis que la voûte des nuages moutonnait lumineusement au dessous d'eux. Entre l'homme oiseau et l'étrangère de Myrrha des liens pleins de douceur se tissaient chaque jour. Aucune union charnelle n'était possible entre deux créatures aussi dissemblables. Mais la délicieuse corde sentimentale vibrait mélodieusement, comme la fibre tendue d'un violon de songe. Une amitié amoureuse, d'ordre platonique, enveloppait de ses mailles blondes ces deux âmes d'élite.

Péhadrita disait les souvenirs de sa planète merveilleuse, les cinq soleils multicolores dans la gloire des cieux, les forêts de fleurs larges abandonnant aux brises leurs vertiges, les voyages aériens des Myrrhaennes... Elle conta son égarement, et sa lutte contre les monstres de l'espace, et sa rencontre avec l'homme papillon, et les prodiges entrevus sur Mercure. Eor, durant tous ces récits, demeurait pensif.

– Je ne comprends pas, lui dit-il un jour, la prophétie de l'homme papillon. La clef de ton retour se trouverait sur la Terre ? Or, cette planète n'a pas les connaissances de Mercure, ni de Mars, ni de Vénus. C'est un astronef émané de Vénus qui apporta aux hommes singes de la Terre, il y a quelques millions d'années, les rudiments de l'éternelle Sagesse. Seules, une lignée d'initiés terriens a compris le message et se transmet le divin flambeau. Des lois aussi évidentes que la Réincarnation restent ignorées de la masse des humains, dont la folie va d'un matérialisme grossier à des religions absurdes. La formule de l'Amour universel demeure lettre morte pour ces malheureux. Quand les maîtres vénusiens débarquèrent sur la Terre, ils apportaient des grains de notre nourriture sacrée, le blé. Grâce à Vénus, les Terriens mangent du froment, mais la plante supérieure a dégénéré dans leurs mains. Elle a perdu la grandeur et la splendeur qui la décorent ici ! Les Terriens viennent à peine de désintégrer, partiellement l'atome, et l'on craint que leurs passions belliqueuses ne fassent de cette découverte inouïe l'instrument de leur suicide.

BROUSSE François, Péhadrita parmi les étoiles
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1983, page 24-26

lundi 16 février 2009

L'âme vitale

Ramakrishna vous dira : « L’essentiel, c'est de prendre conscience du Moi divin qui est en nous ». Nous avons immédiatement une image de plusieurs « moi » qui sont en nous et qui correspondent effectivement à la réalité. Nous sommes composés non pas d’une âme, mais de quatre âmes. Pour cela Platon, et avant lui les philosophes hindous et chinois, l’avaient déjà dit. Il y a l’âme instinctive, l'âme éthérique, l'âme vitale, qui fait que nous sommes différents non pas des animaux mais des minéraux. Entre un minéral qui est soumis à la fatalité des lois physico-chimiques et la plante et l’être vivant et l’homme à fortiori, il y a une différence, une différence énorme qui est en quelque sorte expliquée par la finalité biologique ; il y a en nous une finalité qui permet aux milliards de cellules de travailler pour le développement, pour la défense et pour la reproduction de l’ensemble de l’organisme. Il y a en nous des phénomènes de direction qui font que le germe d’un chêne donnera naissance à un chêne, et non pas à un cèdre, et que la semence d’un chien donnera naissance à un chien, et non pas à un hippopotame.
Il y a, semble-t-il, toute une série de lois, un développement dans l’embryon qui est très exactement un devenir lancé vers une finalité ; il y a une finalité à l’intérieur de l’embryon, il y a une finalité dans les échanges. Par exemple, vous prenez n’importe quel aliment, c’est une synthèse, vous l’absorbez, elle est détruite, ensuite elle est recomposée à une nouvelle substance, une nouvelle synthèse qui est la chair et le sang, c’est-à-dire la substance même de nos cellules. Il y a dans un phénomène d’alchimie intérieure une sorte de finalité absolument grandiose. Dans la propagation des êtres réside également une finalité. Nous avons en nous un être qui est l’âme mettons instinctive ou l'âme vitale qui donne une forme à tout notre corps.

(...)

La purification de l’âme vitale. Elle est très simple. Nous avons en nous une âme vitale qui est à la base de notre appétit, de nos instincts de reproduction comme de l’épanouissement de notre être matériel ; or cette âme vitale se traduit par notre nourriture. C’est le commencement dans tous les Védas comme dans tous les Upanishads et aussi dans les doctrines secrètes de la Grèce antique, avec Pythagore, Apollonius de Tyane et Plotin. Eh bien, si vous voulez commencer sur le sentier de la vérité comme du bonheur, vous devez commencer par supprimer toutes les nourritures impures, c’est-à-dire la nourriture carnée. Il n’y a aucune raison pour que nous fassions souffrir des millions d’êtres et que nous les immolions pour notre gourmandise ou notre satisfaction puisque nous pouvons fort bien vivre justement sans massacrer des animaux innocents, d’autant plus qu’il y a un équilibre. J’aime rappeler la phrase d’Isaïe qui est un prophète un peu brutal et qui déclare : « La vie d’un bœuf vaut la vie d’un homme ». Je pense qu’il exagère, mais il y a quand même un équilibre entre la vie des animaux et la vie des êtres humains. En réalité, si nous souffrons tant et si nous avons tant de meurtres et de crimes, c’est parce que, tous les jours, nous causons par notre nourriture le massacre d’une multitude d’animaux infortunés et qui souffrent. Il semble que ce soit une des bases de la dialectique de la sagesse éternelle.

Brousse François, conférence, Prades, le 17 mars 1978
LES DIFFÉRENTES ÂMES (Extrait)

samedi 10 janvier 2009

Poésie et Quatrième Dimension - Conférence à Paris – 5 juin 1983


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Plusieurs chemins sont donc possibles pour atteindre les hauteurs sublimes qui sont le propre de l'inspiration poétique. Pour Platon, il s'agit surtout de s'abandonner à la puissance divine qui s'empare de nous totalement. Comment y parvenir ? Une ascèse particulière est – je crois – nécessaire, celle de l'être humain lancé à la rencontre du surhumain. Elle se manifeste de trois manières : la purification, la méditation et la contemplation.

La purification. Nous avons en nous le corps, l'âme et l'esprit, pour être plus simple et moins riche que les fabuleuses puissances métaphysiques de l'Inde et de l'Occident. Il faut purifier le corps, comprenant le corps physique et le corps éthérique. Pour cela, il est demandé d'aboutir à une nourriture pure. Il est à peu près impossible d'atteindre et de conquérir l'illumination avec des nourritures fondées sur la violence et la destruction. Nous devons devenir les frères de l'univers animal et non plus leurs exterminateurs. C'est la première purification. À cela s'ajoute la purification de l'âme. Nous avons en nous une multitude de pensées de violence, de colère, de haine, de fureur. En s'abandonnant à ces impulsions purement animales, nous risquons évidemment de dévier et de ne pas connaître l'absolu. Que l'absolu existe est une vérité absolument évidente, car il est impossible que le relatif puisse exister si l'absolu n'existe pas. Certains déclarent comme seule vérité absolue que l'absolu n'existe pas. Cela prouve tout au moins qu'il y a une vérité absolue et qu'il y en a d’autres.


Pour arriver à la connaissance, les Hindous préconisent de suivre le chemin du Vydia : savoir que Dieu est en tout et partout, aussi bien dans la plante que dans l'étoile, dans l'homme que dans la pieuvre, dans l'infini que dans le fini, sentir en nous vivre le cosmos tout entier, tandis que notre cœur se dilate aux dimensions de l'éternité. Cette ascèse doit être suivie rigoureusement et, chaque fois que vous avez des pensées de violence, il convient de les exclure totalement pour aboutir à une vie unanime, sur un plan supérieur.

Après la purification de l'âme vient celle de l'esprit et nous y parvenons par une multitude d'éléments. Les Hindous proposent un élément très simple : le mantra, un mantra qui, par ses vibrations, nous met en communication avec les forces palpitantes du cosmos infini. Comment choisir son mantra ? Le maître, un initiateur qui surgit sur la Terre, est capable précisément de vous donner ce pont vibratoire qui unit votre cœur au cœur de Dieu. Mais il existe d'autres méthodes dont la méditation.

Pour les Occidentaux comme pour les Orientaux, la méditation consiste surtout à faire un excellent usage de notre imagination. L'imagination est la maîtresse de toutes les créations. Tous les savants ou à peu près, savent que les hypothèses sont à la base de toutes les découvertes, et que ces hypothèses sont les fruits transcendants de l'imagination. Sans imagination, il serait impossible d'établir les bases des mathématiques et de la physique, ni les explications historiques et sociologiques. Lorsqu'il s'agit de comprendre l'ampleur du cosmos, ce sont encore les ailes étoilées de l'imagination qui nous emportent vers le point primordial d'où jaillissent en spirales les univers. En s'abandonnant à l'imagination – il faut lui laisser la bride sur le cou – elle s'élance et nous la suivons. Une méthode simple est celle de « l'initiation de l'eau » :

Vous imaginez que vous êtes d'abord un océan avec ses milliards de vagues. De cet océan montent des fumées légères attirées par le Soleil, c'est la vapeur d'eau qui se condense en nuages. Vous êtes l'océan, la vapeur d'eau, les nuages ; ces nuages sont poussés par un vent vertigineux vers les montagnes. Vous voyez se dérouler au-dessous de vous les océans mêmes, les fleuves, les villes, les forêts. Vous arrivez sur une montagne, le nuage se condense et tombe en larmes de neige ; vous êtes la neige qui tombe. Cette neige se condense en névé d'où sortent les glaciers ; de ces glaciers jaillissent les sources. Vous êtes les nuages, la neige, le névé, le glacier, la source, le fleuve ; ce fleuve dévore dans son cours de nombreux affluents, traverse d'immenses cités, d'immenses campagnes, de gigantesques forêts et va enfin de nouveau se noyer dans l'océan.
Cette méditation à elle seule est parfaitement capable de faire vibrer en vous une sorte d'illumination intérieure.

Poésie, langage de l'âmeEnfin existe la contemplation ! D'après les maîtres de l'Inde, Dieu aurait trois visages : Brahmâ, Vishnou et Siva. De Vishnou sont sortis les grands réformateurs religieux : Rama, Krishna, Bouddha, Jésus, Manès, Mahomet, etc., et tous ceux qui sont ici encore et tous ceux qui viendront par la suite. Comme disent les Hindous, les avatars sont aussi nombreux que les vagues de la mer.

Siva représente une autre lignée de géants, les grands métaphysiciens, les philosophes qui montent sur le haut du cosmos et sont capables de tout comprendre, de tout expliquer et de tout approfondir. C'est Spinoza dans un certain sens, Aurobindo Ghose, Bergson dans un autre, Pythagore, Platon, Plotin, tous les néo-alexandrins, tous ceux qui arrivent par leur puissance magique, par l'ampleur de leur esprit, à comprendre les rouages de l'univers. Ceux-là sont des reflets de Siva. Sankaracharya (788-820), le Maître du Monisme dans l'Inde, est d'ailleurs considéré comme une incarnation de Siva. Saï Sathya Baba, un autre prophète hindou, prétend également être l'incarnation de Siva. Siva représente dans un certain sens l'esprit universel.

Le troisième visage est Brahmâ ! Brahmâ, lui, s'incarne dans les artistes et les poètes créateurs. Des noms prestigieux surgissent à travers les âges : Valmiki, Vyasa (1), Homère, Isaïe, Eschyle, Shakespeare, Dante, Hugo et tous ces noms sont en quelque sorte les échos de la bouche de Dieu, les échos de Brahmâ ! Dans le Ramayana, il existe effectivement deux incarnations divines : Rama, l'incarnation de Vishnou, venu sur la Terre pour apporter l'image de la pureté, de la fidélité, de la noblesse d'âme et d'esprit, et l'autre, Valmiki, celui qui l'a chanté et qui était, lui, une incarnation de Brahmâ. Il est également question à cette époque d'une incarnation de Siva qui, plus tard, réapparaîtra sous la forme notamment de Patanjali.

Nous sommes en présence de trois êtres devant lesquels nous devons voir l'image de l'infini, de l'éternité et de l'absolu. Ces trois entités sont les réformateurs religieux, fils de Vishnou, les réformateurs poétiques, fils de Brahmâ et les réformateurs métaphysiciens, fils de Siva. La contemplation consiste à parcourir les œuvres de ces génies immortels. Un excellent moyen d'atteindre l'infini est de méditer sur les grands livres sacrés et de contempler les grandes œuvres créées par ces génies suréminents. Comment y parvenir ? D'abord, de façon très simple, par la puissance de Dieu à travers le monde. Certains ont prétendu que l'univers était uniquement maléfique, mais il ne l'est pas dans sa totalité. C'était la croyance des Cathares. Ils pensaient que le monde avait été créé par le démon et qu'il fallait s'en libérer. Ceci n'est qu'à moitié vrai, parce qu'il y a dans le monde l'alternance de l'ombre et de la lumière. C'est plutôt Zoroastre qui avait raison, lorsqu'il admettait que la moitié de la création émane de Dieu et l'autre moitié, de l'anti-Dieu ; l'une émane d'Ormuz et l'autre d'Ahriman.

Quoi qu'il en soit, dans cet entrelacement vertigineux réside une beauté surnaturelle. La contemplation du monde naturel est l'ouverture du plan super naturel. Il découle d'extraordinaires extases à contempler la beauté des choses. Une autre extase est celle de contempler la beauté des choses à travers les œuvres des grands artistes, des grands poètes et des grands inspirés. On devrait tous les jours lire un grand poème, contempler une grande œuvre et écouter un morceau de musique inspirée. Selon Hugo, il faudrait non seulement contempler : Les grands hommes, mépris du temps qui les vit naître, mais aussi créer soi-même, quoiqu'il ait dit, dans une espèce de grande vision, que celui qui comprend Homère est l'égal d'Homère. Lorsque nous arrivons à comprendre un grand poète ou un grand artiste, nous devenons immédiatement l'égal de ce grand poète et de ce grand artiste, et à travers cette égalité transcendantale, nous sentons vivre et chanter en nous toutes les voix du cosmos. Hugo est actuellement très méconnu ou plus exactement, d'un côté s'érigent des défenseurs ardents et de l'autre côté se rangent des critiques fortement virulents. Hugo est le seul poète à qui il est arrivé cette aventure, ce qui prouve qu'il est sans doute le plus grand. Tous les autres sont confortablement installés dans des niches académiques et vénérés sans trop être lus. Lui, on est obligé de le lire et sitôt qu'on le lit, toujours des vibrations brutales et transfiguratrices s'emparent de nous.

Diatribe

Oui, vous avez le droit de rejeter Hugo
Et moi j'ai bien le droit de vous trouver idiot

Vous avez le loisir de faire grise mine
Au géant que l'aurore insondable illumine ;
Mon rêve, a le plaisir de vous savoir petits
Et de vomir vos noms dans la fange engloutis.

Touchez avec précaution le feu splendide
Car il pourrait brûler vos doigts.
0 crapauds bafouilleurs, rampez dans l'ombre vide,
Ces oies se prennent pour des rois...

Pour comprendre le maître, il faut avoir dans l'âme
L'orchestre des parfums, non une plaie infâme ;
Pleutres, vous admirez les écraseurs d'humains
Lui, n'aime que l'étoile aux radieux chemins !

Vils histrions, léchez l'inconstante vipère
Dans vos antres de fiel
Cela n'empêche pas la mer et le tonnerre
D'adorer l'Éternel.

Dans le bleu de l'abîme on voit songer l'augure
L'âme en chantant les Dieux monte et se transfigure !

BROUSSE François, « Diatribe », Ivresses et Sommeils, Imprimerie Labau, Perpignan, 1980, p. 50

J'ai peut-être été un peu brutal, mais il est parfois nécessaire d'exagérer pour montrer nettement les aspérités ardentes, brillantes et intransigeantes de la vérité. Je pense que tous ceux qui prendront la précaution au moins élémentaire de lire Hugo, s'apercevront qu'il représente l'être le plus inspiré jamais paru sur la Terre. Pour vous le prouver, comparez par exemple n'importe quelle page de la Bible – je dis bien n'importe laquelle – avec un poème de Hugo, j'allai presque dire n'importe lequel, du moins l'un des grands recueils comme Les Contemplations, La Fin de Satan et Dieu, vous verrez l'écrasante différence ! Sans doute les inspirés de la Bible s'élèvent jusqu'au sommet du Mont Blanc, mais Hugo est au moins l'Himalaya et même un super Himalaya ! Cependant, on s'est parfois demandé si le style particulier de Hugo ne se rapprochait pas, tout en le dépassant, de celui de la Bible et du Coran. Je pense qu'il s'agit essentiellement d'un contact avec le Verbe universel. Dans la sphère des Idées, on entend des choses sublimes et on prononce des paroles ineffables. Je vous ai cité saint Paul qui déclare, lui aussi, que dans le septième ciel où il a été transporté planent des paroles ineffables pratiquement impossibles à traduire pour les êtres humains. Il est possible de les traduire et en y parvenant partiellement, de déchaîner dans l'invisible un ouragan de forces créatrices capables de bouleverser les êtres humains, et qui reste comme un réservoir de puissance et de création intarissable.

Je disais à ce sujet qu'il existe sur toute la Terre « Les Frères invisibles », des êtres pris par le tourbillon de ces forces surhumaines. Il suffit d'avoir dans l'âme un appel sincère vers l'infini pour qu'immédiatement cet infini se rapproche de vous. Sur toute la Terre, il existe des êtres purs à la recherche de ce qui est idéal et parfait, et que la tristesse du monde, la grossièreté, l'abrutissement de la matière n'arrivent jamais à satisfaire. Ce sont ces êtres, au-delà du réalisme, au-delà de la réalité tangible, qui sont les têtes brillantes tournées vers l'éternité. D'après une vision donnée fréquemment, les maîtres de l'Himalaya sont en quelque sorte en train de regarder le monde et ils voient, dans un océan de ténèbres, étinceler par-ci, par-là, quelques points lumineux. Ces points lumineux sont les êtres qui, possédés par la soif de l'absolu, veulent absolument quitter les chaînes terrestres. C'est à ces êtres invisibles, à ces Frères inconnus que j'ai dédié un poème que nous allons écouter :

Les Frères invisibles

Ô Frères dont les cœurs se mettent à genoux
À côté de mon cœur dans l'Église ignorée !
Ô Frères dont les mains effleurent mes yeux fous
Qu'enveloppe l'encens aux bleuâtres fumées !

Enlacés par l'ivresse unanime des vers
Venez des tours dorées de Thèbes et de Palmyre,
Venez, vous dont les chants surnaturels gémirent
Le rythme merveilleux dont vibre l'univers !

Pareils aux aigles bleus survolant les pilastres,
Venez du fond sombre des nues,
Ô Rois vaincus du Rêve, inspirés par les astres
De constellations inconnues !

Vous dont le sang jaillit dans les hauteurs glacées
Par un gel éternel et noir,
Venez poser vos mains d'opales condensées,
Sur le front de mon désespoir.

Vous qui viviez recrus par les effluves lourds
De la vie aux splendeurs sauvages,
Imperators du songe, emportez mon amour
Dans la spirale des nuages !

Vos souffles se brisant en convulsions tragiques
Sont devenus un hymne ardent...

Emportez moi vivant dans les palais magiques
Entre la Croix et le Trident !

Prenez mes yeux, prenez mon cœur, prenez mon front
Comme des fleurs de fer dans vos pâles mains blondes
Et leurs corolles redoutables grandiront
Dans l'atmosphère d'or traversée par les mondes.

BROUSSE François, « Les Frères invisibles », Le Rythme d’or
dans Œuvres poétiques – Tome 1, Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1986, p. 174

Les frères inconnus dans toutes les religions et en dehors de toutes les religions, aspirant d'un cœur sincère à leur libération et qui se nourrissent de pensées d'enthousiasme, d'amour et de sagesse, sont très exactement la véritable Église dans le cosmos. On les rencontre ou on les rencontrera, et même si ce n'est pas le cas, toujours s'établira une communication invisible entre le poète, entre l'artiste, entre le mage et tous ces êtres, ces germes de lumière qui n'attendent qu'un moment pour ouvrir leurs ailes et s'élancer vers le Soleil des soleils.

Extrait de Poésie et Quatrième Dimension - Conférence à Paris – 5 juin 1983
Tirée de l'ouvrage Poésie, langage de l’âme
Éd. de la Neuvième Licorne, Vitrolles, 2008, page 47

jeudi 8 janvier 2009

On voit partout beaucoup de violence, comment faire régner l'amour ?

Je crois qu'on pourra faire venir l'amour lorsqu'on donnera une explication rationnelle à tous les maux qui existent sur la Terre. Évidemment, on se demande pourquoi autant d'horreurs sur notre planète, mais si vous faites intervenir les vieilles doctrines sur le péché originel ou même sur le hasard des éléments, vous n'avez aucune espèce de réponse. Par contre, si vous faites intervenir les notions de régénération et de réincarnation, vous savez que tous les maux qui existent sont le résultat des erreurs que nous avons commises dans nos vies passées. On peut dire aussi que la Terre, actuellement, est soumise à la violence pour trois raisons :

Premièrement le karma de nos existences antérieures.

Deuxièmement, le karma actuel que nous accumulons en détruisant les animaux, en les faisant souffrir, et en les torturant sous le prétexte de vivisection. Chaque fois que vous détruisez et que vous faites souffrir des animaux, vous créez des destructions humaines et des souffrances sur la Terre. Voilà deux causes essentielles.

La troisième provient de nos pensées. La pensée est une des forces fondamentales de l'univers, c'est une force terrifiante. L'univers n'existe qu'à travers la pensée de l'homme et la pensée de Dieu. Et si vous créez des pensées négatives, des pensées de haine, de vengeance, de colère, de fureur, elles vont se condenser tôt ou tard sous forme de guerres, d'épidémies, de terrorisme. Si nous avions la connaissance précise de ces trois causes de la violence, je pense que naturellement et normalement cette violence disparaîtrait.

« Le commencement de toute connaissance, a dit Salomon, c'est la crainte du Seigneur », c'est-à-dire la crainte du Seigneur du karma ; si vous saviez que ce que vous faites aux autres vous sera rendu intégralement, je ne pense pas que la violence puisse continuer sur la Terre, car elle serait repoussée uniquement par intérêt, mais c'est un travail de très longue haleine et il faudra persuader la quasi totalité de l'humanité que ce que je viens de dire est la vérité absolue.

BMP N°110 – avril 1993
Entretien avec François Brousse – Paris – Le 23-02-1983

jeudi 25 décembre 2008

Ce que François Brousse pense des fêtes de Noël

Question: Quel est l’intérêt de fêter Noël ?

François Brousse :
Je crois qu'il n'y en a aucun ! Au moment de Noël, on massacre une multitude d'animaux, notamment les dindes, tout cela pour rien ! On accroît le karma de l'humanité ; il vaudrait mieux supprimer Noël et le remplacer par la Fête des Mages, par exemple. Les mages viennent du ciel ; ils nous apportent les reflets de l'éternité et ils nous obligent à penser vers l'infini. C'est beaucoup mieux que cet effroyable Noël qui, d'ailleurs, j'espère, sera bientôt supprimé. Les mages sont toujours parfaits.

Question : Noël n'est-il pas un idéal pour les enfants ?

François Brousse :
Cela les fait rêver, c'est déjà quelque chose ; mais il suffit de remplacer Noël par la fête des Mages.

Question : Quelle était la fête païenne justement avant Noël ?

François Brousse :
C'était la fête des morts. À l'époque atlante, par exemple, on fêtait les morts, tout simplement en leur offrant le plus de lumière possible. On entassait une quantité de clartés, de lumières et on fêtait ainsi les grands morts, on fêtait ainsi la gloire de Dieu.

Cénacle à Clamart – samedi 17 décembre 1994

jeudi 2 octobre 2008

Le secret de l'harmonie

La santé est une harmonie triple. Notre plan mental doit chasser le doute par la torche de la certitude intuitive. Notre plan astral doit détruire les passions par le glaive de l’idéal. Notre plan physique doit écarter les maladies par le toucher du végétarisme. Mais le parfait équilibre corporel ne peut se réaliser que par l’union de ces trois ascèses. Un végétarien peut être malade s’il pêche contre la Pureté ou la Vérité.

François BROUSSE, B.M.P N°77 - avril 1990, Pensée divine, éd. La Licorne Ailée

jeudi 4 septembre 2008

Respect de la vie universelle

La civilisation humaine sera sauvée quand cet arbre merveilleux, depuis les branches élites jusqu'aux racines populaires, propulsera la même sève : respect de la vie universelle, amour des individualistes. Ne faire souffrir personne, ne tuer personne. L'homme, reconnu valeur absolue, deviendra l'inébranlable assise du palais des races.

François BROUSSE, Revue BMP N°118, janvier 1994
Pensée divine, éd. La Licorne Ailée

dimanche 31 août 2008

Traitez humainement les animaux

Les hommes chassent aux bêtes, les conquérants chassent aux hommes. Vieille et lamentable humanité qui refuse de voir les causes de ses malheurs ! Traitez humainement les animaux, et le destin traitera humainement les humains. L’homme a perturbé l’ordre cosmique.

François Brousse, Revue BMP N°4, septembre 1983, éd. La Licorne Ailée