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mercredi 4 mai 2011

FEMME ET DIEU


FEMME ET DIEU

La femme qui n'a plus de clarté sur son casque
Est la maîtresse irrésistible des bourrasques.
Ô lumière de Dieu, je t'arrache ton masque.
Le phénix a chassé l'infernale tarasque.

La pythonisse de l'idéal te sourit.
Monte dans le soleil sur l'aile des houris.
L'Inde t'offre en riant le suprême Hari.
Le fruit de l'Absolu dans l'aurore a mûri.

Prenons gourde et bourdon vers l'ordre Compostelle
Imprimons nos baisers sur les lèvres d'Estelle.
La vérité divine où donc habite t elle ?

Ecarte avec dédain le doute injurieux.
Dieu brille par delà le nuage des dieux
Epoux de l'infini lève toi radieux.

François BROUSSE, La rosée des constellations,
Ed. La Licorne Ailée – 1991, p. 168

jeudi 17 février 2011

TRIBUNAL


TRIBUNAL

Vais je écrire une diatribe
Contre les rimailleurs du jour ?
Des vérités je suis le scribe
Je brandis le glaive si lourd...

La mer qui chante près d'Antibes
Viendra sans doute à mon secours
Elle me répand son amour
Le soleil flamboyant m'exhibe.

Devant cet énorme travail
Je fais rire mes dents d'émail
Car la difficulté m'absorbe.

Serai je un nouveau Juvénal ?
Je siège dans le tribunal
Au son magique d'un théorbe.

13 juin 1992

BROUSSE François, Le Baiser de l’archange,
Éd. la Licorne Ailée, Clamart, 1993, p. 239


mardi 25 janvier 2011

Respect

J'ai pénétré dans l'aventure
Par des passages souterrains.
L'éléphant blanc est ma monture,
Je m'abandonne au vent marin.

On me pousse, l'épée au rein,
Vers les contradictions futures.
L'aigle des nuits sur la mâture
S'abat, dédaigneux et serein.

J'avance, écartant comme un lierre,
Capitulations familières,
Marmelade et civilité.

Je suis le poète cratère
Je ne respecte sur la terre
Que l'immuable Vérité.

25 juillet 1991

François Brousse, Les Transfigurations, p. 127, éd. La Licorne Ailée

samedi 2 mai 2009

APOLLONIOS


La pourpre romaine couvrait le monde, comme un immense velarium aux éclairs terribles ; les peuples restaient pâles et calmes pareils à l’océan sur lequel l’aube va resplendir ; et la Terre frémissait, lorsque Dieu suscita une grande flamme sereine dans la petite ville de Tyane.

Cette flamme sortit du front et des prunelles profondes du jeune Apollonios.

À peine les lauriers roses s’étaient-ils effeuillés douze fois autour des blanches colonnes où venaient se reposer les colombes, que déjà une grâce mystérieuse, une majesté souriante et pure aimantait ce crâne fatidique.

Un fluide d’harmonie baignait cet enfant extraordinaire ; son lumineux visage, élargi vers le haut, semblait une torche de cire dont les boucles d’or figuraient les flammes tordues ; ses membres, divinement proportionnés, rayonnaient une blancheur éclatante ; ses yeux, trop vastes, effrayaient par leur intelligence bleue et infinie ; et lorsqu’il souriait, c’était une ouverture des cieux écarlates.

Jamais on ne le vit rire ; parfois il s’adossait à une colonne d’albâtre, croisait ses bras et songeait lugubrement ; alors une formidable souffrance, pareille aux ténèbres sacrées des branchages assombrissait ses regards splendides.

Il aimait le Soleil au-dessus de toutes choses ; il restait des heures dans le flamboiement de l’astre qui allumait un incendie d’or parmi sa chevelure.

Sa mère, effarée par cette symphonie vivante, ce dieu enfant, songeait souvent à l’étrange naissance d’Apollonios, et se demandait dans son angoisse si elle n’avait pas jeté à la lumière le successeur prédestiné des Douze Dominateurs de l’Univers.

Car il était né avant terme, comme un aiglon impatient de briser sa coquille, et voici de quelle manière bizarre.

Un jour, dans la splendeur de l’après-midi brûlante, la jeune femme enceinte se promena dans une prairie déserte, aux environs de Tyane, sous le dôme d’un azur incandescent.

L’herbe, sauvage, verte et douce, offrait un tapis de gloire à ses pieds délicats ; les cyprès calmes comme des dieux familiers lui souriaient de loin ; l’eurythmie des lignes transparentes s’amplifiait jusqu’à la mer lointaine dont le maléfique murmure s’emprisonnait dans les cheveux pleins de brises…

La promeneuse, lassée par la chaleur et son fardeau vivant, se coucha à l’ombre d’un arbre, et s’endormit dans le flottement de la maille noire et vermeille.

Or, tandis qu’elle dort, voici que des ailes violemment blanches flamboient à l’horizon ; les cygnes sauvages aux yeux solaires, à l’envergure hiératique, viennent des lointains indéfinis.

Ils s’approchent de la dormeuse, comme fascinés par un magnétisme surnaturel ; et leurs cris rauques, clairs et vrillants, et le tumulte inextinguible de leurs ailes réveillent en sursaut la femme sacrée qui, dans une clameur d’épouvante, crache avec la bouche de son ventre fendu, parmi le sang et les contorsions celui qui sera plus tard le céleste Apollonios.

Les oiseaux magnifiques saluaient ainsi le futur cygne de l’intelligence, le splendide errant de l’esprit, le vagabond royal de l’âme !

Les grands êtres de l’abîme qui se tiennent debout auprès du trône de Dieu semblaient presque visibles en cet enfant. Or, son père le voyant croître comme un palmier que baigne tous les matins la bénédiction des cieux, l’envoya compléter ses études à la ville de Tarse.

Un vent de voluptés et de parfums soufflait sur cette ville. Les étudiants aux chlamydes immaculées, aux cheveux ceints de pourpre, après avoir contemplé la splendeur de la pensée dans Pythagore et Platon, adoraient la douceur de la chair dans les corps impudiques des jeunes femmes. Le soir, quand le sourire nocturne épanchait son charme transparent sur les orangers pleins dune immense senteur, le long du Cydnus gorgé d’étoiles, marchaient les adolescents pensifs donnant la main aux lascives adolescentes, vêtues de robes fendues sur le côté et couronnées, comme d’un astre d’ambre, par les hauts peignes triangulaires. Les ailes de la chaleur couvaient Tarse, oeuf de corruption, et leurs ongles terminaux excitaient les nerfs, les muscles, les ventres. Des traits de feu jaillissaient de la pointe des seins tendus, des éclairs sillonnaient les croupes palpitantes, un poison de braises brûlait les bouches sanglantes comme un taureau égorgé. Et, sur l’énorme bûcher des membres convulsifs qui flambaient épouvantablement, le vin, le vin perfide, versait sa coupe forcenée, son fleuve d’escarboucles fumantes ! Ce foyer de vie colossale vomissait, hélas ! parmi les fécondes étincelles, des vastes tourbillons d’ombre au ciel muet.

Le bûcher de ces corps effrontés fut un phare pour le jeune mage ; cette flamme violente lui illumina les gouffres carnivores qui serpentent autour de la sensualité, soit qu’il vit périr dans d’horribles convulsions quelques malheureux camarades abreuvés trop souvent à la coupe d’impudicité ; soit que le Daïmon supérieur, dont les ailes se croisaient en armure protectrice sur la poitrine d’Apollonios, l’ait châtié de ses déviations.

Apollonios traversa donc ce fleuve de soufre passionné, aux flots pleins de sirènes et de mort, comme un aigle traverse l’embrasement des cieux d’aurore, sans s’y brûler. Cette victoire ajouta une couronne de lumière à sa splendeur, car l’être dont les yeux n’aiment que les pensées profondes, dont l’âme ne veut que la beauté des astres ; celui qui force les tigres de ses sens à soutenir la base de son trône, celui qui respire l’harmonie du monde invisible, celui là porte au fond de son coeur une flamme qui rayonne parmi sa chair transparente.

Le prophète naissant comprit cette vérité sereine en comparant le rayon de son visage divin et les gueules ou les groins des hommes qu’enveniment le matérialisme, la débauche. Et il voulut conserver sa face resplendissante ; le rang qu’il avait devant la bonté de Dieu.

Et il réfléchit sur le corps, miroir de l’âme.

Ses parents lui avaient donné comme maître le philosophe Euxène, dont la réputation était grande parmi les Hellènes. Euxène ne croyait pas aux Dieux ; il aimait le vaste esprit d’Epicure, mais il ignorait l’austère vie de ce géant.

Un jour Apollonios demanda à son maître de lui expliquer la création du monde, le jaillissement de la chaîne des êtres, comment l’univers creva l’oeuf informe du Chaos pour se déployer dans l’ordre lumineux, de quelles mains aveugles ou intelligentes tomba l’immense tissu des choses.

Euxène lui répondit en ces termes :

Les êtres multiples qui se meuvent sous tes yeux, la matière morte, comme la substance vivante, sont constitués par d’éphémères agglomérations de points animés : les atomes. À l’origine, ces atomes tombaient, tombaient toujours dans l’immensité du néant, du vide, de la mort immuable, infinie. Ils tombèrent ainsi, pendant une période incommensurable, et leurs tourbillons emplissaient la nuit comme d’effrayants moustiques. Enfin, à une époque que seuls les Olympiens – s’ils existaient – pourraient peut être déterminer, quelques atomes, au lieu de tomber verticalement, obliquèrent, s’amalgamant ainsi aux atomes voisins. Ce mouvement spontané, absolument sans cause, propagea un trouble immense à la pluie des atomes qui se mêlèrent, s’embrassèrent, se fondirent dans un orage inattendu. Leur innombrable coït forma les mondes qui rôdent dans ce qui n’a pas de limites, et parmi ces mondes : la Terre. La Terre ouvrit ses puissantes matrices et les animaux, les plantes et les hommes furent jetés à la lumière. Mais les animaux, les plantes, les hommes, les mondes sont des bulles qui doivent crever ; l’assemblage des atomes qui constituent leur vie ne dure qu’un temps ; après quoi la chaîne vitale se rompt, et les atomes rentrent dans le calme. C’est pour cela que les êtres meurent tous. Et la Terre elle même, qui nous semble indestructible, entrera dans l’universel charnier. Seulement, comme elle est plus grosse, sa vie est plus longue, et bien des générations auront exhalé leur dernier soupir avant que la première ride atteigne sa face auguste. C’est tout le secret de la création.

Mais, dit Apollonios, qui a créé ces atomes ?

Personne ; ils sont éternels, indestructibles. Avant le monde, ils étaient ; ils seront après le monde. Le mouvement spontané qui les pétrît en êtres vivants est une simple qualité inhérente à leur substance. Cette qualité se retrouve et se développe dans leurs progénitures d’organismes pour aboutir à la liberté humaine. La diversité des races se comprend par la diversité des combinaisons ; et les différences entre les vivants d’une même race ont leur secret dans l’hétérogénéité des atomes, dont pas un ne ressemble complètement à un autre.

Mais, ô Euxène ! dit Apollonios, ces atomes qui produisent des êtres intelligents et sensibles sont donc eux mêmes intelligents et sensibles, sans cela ils ne pourraient enfanter des vivants d’une autre nature que la leur, pas plus qu’une autruche ne pourrait pondre un palmier.

Il suffit, répondit Euxène après avoir réfléchi, que l’intelligence et la sensibilité sommeillent au fond de ces atomes, comme l’incendie sommeille dans une forêt jusqu’à ce que des circonstances extérieures l’y réveillent. Les circonstances seraient ici les diverses combinaisons que forment ces atomes. C’est d’ailleurs par hasard que certains mariages d’atomes engendrent l’intelligence et la sensibilité, et c’est par une suite de hasards que les atomes continuent à donner les mêmes résultats.

Il est bien difficile d’admettre tant de hasards, dit Apollonios en souriant. Et puisque rien ne vient de rien, il faut à toute force que ces atomes possèdent un peu d’intelligence pour organiser en s’additionnant une plus grande intelligence ; de même pour la sensibilité. Sinon, il n’y a qu’à admettre que les mondes jaillirent d’un bloc du néant, car un mouvement sans cause d’un atome vaut bien la création sans cause, d’un univers. Les deux phénomènes sont aussi incompréhensibles l’un que l’autre. Donc, certains atomes sont intelligents et sensibles. Il existe une infinité d’atomes ; comme l’infini contient tous les infinis, il y a par suite une infinité d’atomes intelligents et sensibles. Mais alors puisque moi intelligent et sensible je suis un ensemble d’atomes, pourquoi l’ensemble de l’infini des atomes ne formerait il pas un Dieu dont l’intelligence et la sensibilité n’auraient pas plus de limites que son corps ? Je sais qu’il peut exister aussi une infinité d’atomes inertes, mais, puisqu’ils sont inertes, ils n’auraient pas de mouvement propre, pas de vie, donc ils n’existeraient pas, étant à la fois invisibles, inactifs, inconscients. Même en supposant qu’ils existent, ils ne pourraient former un immense principe opposé au premier, car ce principe constitué par une synthèse d’inconsciences ne serait qu’une inconscience sans bornes, incapable de personnalité, donc soumis en tout à l’Éternel Moi de l’Abîme.

Et Apollonios continua dans un enthousiasme serein.

Je crois en Dieu Absolu. Tout me le prouve. Le flamboiement du soleil n’est qu’un lointain reflet de son visage, c’est dans son vaste coeur que sanglotent les fleuves, dans son cerveau mystérieux que se lèvent les astres ; la nuit, les mondes épars dans le gouffre font entendre à mon âme une harmonie sublime, un hymne à la gloire de l’Incréé. Les créations vivent perpétuellement de son souffle et, Lui ôté, ô Euxène, rien ne serait plus et rien n’aurait jamais été !

En ce temps là, Euxène et Apollonios allèrent à la ville d’Egées, que dominait un temple grandiose, dans les entrailles duquel se passaient des mystères plus grandioses encore. Car ces prêtres étaient des Sages.

Certains coins du monde sont pleins d’un souffle extraordinaire. L’ouragan de l’Esprit bouleverse leurs cieux étranges. Des êtres inouïs chevauchent leurs nuages, on sent des palpitations d’ailes dans leurs rayons, des fantômes agitent des torches au fond de leurs crépuscules. On voit distinctement la porte de l’Au delà qui s’entrebâille. Leurs paysages s’illuminent d’un reflet de vertige et de tombe. Des voix passent dans l’air échevelé. Ce fluide de miracle baignait le temple. Il suffisait aux prêtres d’avoir une vie pure, le front plein de contemplations étoilées, pour acquérir un immense pouvoir sur la foule des estropiés et des malades qui tendait ses mains douloureuses vers le dieu. De là des prodiges, des guérisons étonnantes dans la flamme sans cesse renouvelée des désirs créateurs, de la volonté thaumaturge ; car le Prêtre, adossé au sépulcre, avait les âmes des morts dans sa chevelure prophétique.

Ce temple surnaturel fut la caverne d’Apollonios. Le jeune lion, instruit par une méditation et par une ambiance de sagesse, renonça dès lors à se nourrir d’aucun animal. Il laissa librement croître et ruisseler l’or de sa chevelure. Il repoussa le vin farouche, où brûle une phosphorescence infernale. Le lin, innocent de tout massacre, vêtit son corps pur ; et ce fut les pieds nus qu’il marcha au milieu d’une apothéose de douceur. L’aurore de la Divinité illuminait cette âme ; la bénédiction tombait de son sourire, l’amour rayonnait de ses yeux.

Sa seule présence guérissait les malades. Il imposait ses mains radieuses sur leurs plaies qui se fermaient aussitôt. Sa pensée profonde et calme chassait les forces mauvaises qui bourdonnent sur les hommes comme des guêpes attirées par les sanies. Il occupait le centre d’un monde consolant, d’une sphère de résurrection. C’était le messager de la bonté des astres. Quand il levait la main, des dieux semblaient sortir de ses doigts.

Pendant quatre ans il ne prononça pas une seule parole, selon la règle du divin Pythagore qui voulait faire de toutes les énergies du sage une muette armée de sculpteurs, perpétuellement occupés à tailler l’âme informe, le marbre intérieur, suivant le profil des Dieux. Ce fut une chose étrange de voir, quatre ans de suite, ce sublime silencieux marcher comme un pâle ressuscité, encore ivre des merveilles de l’autre monde.

Lorsque le temps eut descellé les lèvres mystiques d’Apollonios, son maître Euxène, qui s’épouvantait de son étrange croissance, tenta de ramener ses regards de l’égarement des cieux à la réalité de la terre.

Ils eurent ce dialogue ; un jour que le cristal bleu des lointains tremblait dans une fièvre de plaisir et de transparence sereine ; tandis que les arbres penchaient sur leurs cheveux la fraîcheur éblouissante de leurs palmes vertes, et qu’un vol de cygnes emplissait les azurs de son tumulte de neiges hallucinées.

Apollonios ! tu es pâle à rendre jalouse la Reine des ténèbres éternelles. Tu accomplis des miracles, tu guéris les malades, tu rends joyeux ceux qui sont en bonne santé. Bref, tu es un vrai prophète. Mais crois tu atteindre le bonheur par cette méthode ? Tu ne dors presque plus, tu ne manges presque plus et jamais de la nourriture vivante, tu vis dans la prière, tu te conserves pur de corps et d’âme. Veux tu mon opinion, tu es trop sage, tes sacrifices sont inutiles. L’homme ne peut atteindre qu’à une vertu moyenne, ta vertu à toi est la vertu des dieux !

Tu te trompes, Euxène, l’homme vit dans le cœur des grands dieux, et son rôle c’est de se purifier jusqu’à se rendre digne de la substance divine qu’il habite. Il est comme le Phoenix (phénix) immortel, à qui la foudre avait cassé les ailes et qui était tombé au fond de la mer. Il gémissait parmi le fourmillement des monstres de l’ombre, mais chaque fois qu’il levait les yeux vers le jour pâle et sublime qui transperçait le haut de sa prison étouffante, l’indestructible oiseau sentait les forces lui revenir, les chairs reprendre à son aile cassée, l’espoir l’éblouir ; mais chaque fois que ses yeux retombaient dans la boue, le dégoût, la douleur, la nuit lui remontaient au coeur. L’homme, c’est le Phoenix foudroyé. Il doit tendre à l’évanouissement dans l’aurore libre, et non pas trébucher gauchement entre le gouffre d’en haut et l’enfer d’en bas, comme une sorte de monstre aveugle qui ne sait ce qu’il veut. L’homme, c’est le foyer de douleurs où se blanchit la robe du dieu tombé dans la matière, qu’il reste calme sur son trône de flamme, et il s’assiéra au front des cieux. Le sang de l’homme, vois tu, c’est l’immonde élixir qui redonne la lumière à celui qui l’a perdue. Le Destin, immense et voilé, frappe l’homme, et des plaies de l’homme s’écoule une eau purificatrice – la souffrance – qui le libère et le lave peu à peu ; et ainsi, de la chrysalide du corps physique, jaillit, à l’instant de la mort, l’esprit ailé de flammes qui va butiner les augustes corolles de Dieu. Sache, ô Euxène, que c’est toi même, de ton marteau et sur ton enclume, qui forges ta vie future.

La Justice éternelle est debout sur la création. Toutes les actions de l’homme, toutes ses pensées, tous ses désirs, rien ne tombe dans le néant. L’homme libre se meut librement entre le Mal et le Bien ; il peut choisir entre la fange et l’ambroisie. Mais, ce qu’il fait, l’Éternel, de sa grande plume, l’inscrit sur son livre. Et, à l’heure de la mort, l’homme voit s’ouvrir le Livre de Dieu.

Les êtres forment une chaîne immense qui part de plus bas que le minéral pour aboutir à plus haut que l’Olympien. Les plus heureux sont ceux qui se rapprochent le plus du Cœur’ universel, ceux qui reçoivent le plus de soleil et d’amour, les voisins de l’Etre infini. Les malheureux sont ceux qui se tordent dans l’ombre loin de Dieu. L’âme humaine, arrachée à son corps, s’incarne, si elle s’est mal conduite, dans un organisme inférieur, animal ou végétal. Dans cette prison de fibres elle souffre de la soif de Dieu. Mais cette souffrance n’est pas éternelle. Quelle monstruosité que d’écraser la faute éphémère sous un châtiment éternel.

L’âme, lavée par la douleur, s’évade de son bagne, brise son carcan, et remonte à l’homme. Là, de nouveau libre, elle agit ; et, selon ses actes, la Mort, géant formidable dont les ailes touchent aux astres, prenant l’esprit dans ses poings grandioses, le rejette dans les ténèbres ou le précipite plus près du rayonnement du Centre inouï. Les ouragans de l’extase l’attendent alors, et elle peut indéfiniment gravir les métempsycoses de lumière, ou choir de nouveau dans le gouffre humain. Voilà l’immense loi qui traverse le monde, le réseau nerveux qui parcourt le Grand Tout. Comprends tu maintenant pourquoi je vis comme un dieu ? C’est que je veux prendre place dans leur divine assemblée, que je veux m’abreuver à la coupe d’amour que tend le Dieu des dieux aux Fils de la Lumière. Je veux être une des flammes vivantes qui forment la couronne du Grand Invisible. Je veux m’irradier dans la gloire de l’Infini. Je veux me fondre au brasier de l’Éternel.

BMP N°171 – décembre 1998

vendredi 1 mai 2009

XIX. Le Grand Soleil - QUITOLATH

19_lameCe hiéroglyphe = 19 = S.
Il exprime dans le Monde Divin : le Ciel Suprême, le ciel de feu ; dans le Monde intellectuel, les vérités sacrées ; dans le Monde Physique : le bonheur.

Un immense soleil éclaire de ses rayons bienfaisants les deux enfants nus, fille et garçon, qui se prennent par la main et se sourient tendrement. Ils se tiennent debout au centre d'un triple cercle de fleurs éclatantes, rouge à la périphérie, puis bleu, puis de couleur d'or. A droite un cygne resplendissant plane dans le ciel ; à gauche, c'est un rossignol géant, aux yeux de perle.

Cette lame est en rapport avec le Soleil que regarde le génie Mikhaël. Son reflet multiple étincelle dans I'hellénisme de Julien l'Apostat, la religion divine de l'empereur Akbar, et la doctrine du Comte de Saint-Germain.

Résumons la métaphysique Solaire. Dieu, l'absolu, l'éternité, l'infini, la perfection, ne peut-être représenté par aucune image sensible. Néanmoins les soleils contiennent le plus d'essence archangélique, ils sont les visages éblouissants de l'Être Inconnaissable. Dans ces tabernacles de feu vivent les âmes libérées qui ne veulent plus avoir de contact avec la matière, et les âmes libératrices qui s'incarnent périodiquement pour apporter aux habitants planétaires la lumière de la vérité.

Parmi les soleils, deux nous intéressent fondamentalement: l'astre du jour, dont l'esprit se confond avec le Verbe, et le grand soleil central de la Galaxie, qui renferme dans sa sphère grandiose toute la quantité de Dieu susceptible d'être incorporée.

Par le végétarisme, l'amour universel, le respect des choses éternelles, par la contemplation des vérités métaphysiques (le Cygne), par la création d'une oeuvre d'art (le Rossignol), l'âme humaine finit par retrouver en soi l'Etincelle Solaire. Alors l'enfant du Soleil revient à sa patrie incorruptible.

Sur le plan historique, les dates dont l'addition théosophique marque 19 soulignent habituellement la paix. Elles ont des radiations surprenantes, mais bénéfiques. Par exemple, au XXe siècle, en 1909, le pôle Nord est atteint ; en 1918, c'est l'Armistice ; en 1936, c'est le Front Populaire, qui transforme socialement la France ; en 1945, c'est la reddition inconditionnelle de l'Allemagne et du japon ; en 1954, c'est la solution du problème indochinois ; en 1963, c'est le rapprochement entre les géants ennemis : l'U.R.S.S. et l'Amérique. Espérons pour 1981 et 1990 un nouveau soleil de concorde.

Sens horoscopique :
Tu seras heureux parmi les rayons de la paix et de l'harmonie, si tu sais renfermer le bonheur dans le secret de ton âme.

Extrait du livre La Trinosophie de l'Etoile Polaire, éd. La Licorne Ailée, 2ème éd., 1990, p. 186-188

lundi 16 février 2009

L'âme vitale

Ramakrishna vous dira : « L’essentiel, c'est de prendre conscience du Moi divin qui est en nous ». Nous avons immédiatement une image de plusieurs « moi » qui sont en nous et qui correspondent effectivement à la réalité. Nous sommes composés non pas d’une âme, mais de quatre âmes. Pour cela Platon, et avant lui les philosophes hindous et chinois, l’avaient déjà dit. Il y a l’âme instinctive, l'âme éthérique, l'âme vitale, qui fait que nous sommes différents non pas des animaux mais des minéraux. Entre un minéral qui est soumis à la fatalité des lois physico-chimiques et la plante et l’être vivant et l’homme à fortiori, il y a une différence, une différence énorme qui est en quelque sorte expliquée par la finalité biologique ; il y a en nous une finalité qui permet aux milliards de cellules de travailler pour le développement, pour la défense et pour la reproduction de l’ensemble de l’organisme. Il y a en nous des phénomènes de direction qui font que le germe d’un chêne donnera naissance à un chêne, et non pas à un cèdre, et que la semence d’un chien donnera naissance à un chien, et non pas à un hippopotame.
Il y a, semble-t-il, toute une série de lois, un développement dans l’embryon qui est très exactement un devenir lancé vers une finalité ; il y a une finalité à l’intérieur de l’embryon, il y a une finalité dans les échanges. Par exemple, vous prenez n’importe quel aliment, c’est une synthèse, vous l’absorbez, elle est détruite, ensuite elle est recomposée à une nouvelle substance, une nouvelle synthèse qui est la chair et le sang, c’est-à-dire la substance même de nos cellules. Il y a dans un phénomène d’alchimie intérieure une sorte de finalité absolument grandiose. Dans la propagation des êtres réside également une finalité. Nous avons en nous un être qui est l’âme mettons instinctive ou l'âme vitale qui donne une forme à tout notre corps.

(...)

La purification de l’âme vitale. Elle est très simple. Nous avons en nous une âme vitale qui est à la base de notre appétit, de nos instincts de reproduction comme de l’épanouissement de notre être matériel ; or cette âme vitale se traduit par notre nourriture. C’est le commencement dans tous les Védas comme dans tous les Upanishads et aussi dans les doctrines secrètes de la Grèce antique, avec Pythagore, Apollonius de Tyane et Plotin. Eh bien, si vous voulez commencer sur le sentier de la vérité comme du bonheur, vous devez commencer par supprimer toutes les nourritures impures, c’est-à-dire la nourriture carnée. Il n’y a aucune raison pour que nous fassions souffrir des millions d’êtres et que nous les immolions pour notre gourmandise ou notre satisfaction puisque nous pouvons fort bien vivre justement sans massacrer des animaux innocents, d’autant plus qu’il y a un équilibre. J’aime rappeler la phrase d’Isaïe qui est un prophète un peu brutal et qui déclare : « La vie d’un bœuf vaut la vie d’un homme ». Je pense qu’il exagère, mais il y a quand même un équilibre entre la vie des animaux et la vie des êtres humains. En réalité, si nous souffrons tant et si nous avons tant de meurtres et de crimes, c’est parce que, tous les jours, nous causons par notre nourriture le massacre d’une multitude d’animaux infortunés et qui souffrent. Il semble que ce soit une des bases de la dialectique de la sagesse éternelle.

Brousse François, conférence, Prades, le 17 mars 1978
LES DIFFÉRENTES ÂMES (Extrait)

mardi 13 janvier 2009

Spectacle théâtral et poétique - Gandhi l'Astre des Sages


Affiche du spectacle à Avignon OFF 2008

Gandhi l'astre des sages - Dossier de Presse

Texte intégral du spectacle


Gandhi_Portrait_15Voici ce que je pense :
Pendant qu’autour de moi, tout évolue sans arrêt, tout meurt sans arrêt,
il existe sous tout ce changement un pouvoir vivant,
qui est immuable, qui maintient l’unité de tout,
qui crée, qui dissout et qui recrée.
Ce pouvoir ou cet esprit créateur est Dieu.
Je le vois comme pure bienveillance car je peux constater
o qu’au milieu de la mort, la vie persiste,
o qu'au milieu du mensonge, la vérité persiste
o Et qu’au coeur de l’obscurité, la lumière persiste.

C’est pourquoi j’ai compris que Dieu est vie, vérité et lumière.
Il est Amour. Il est le Bien suprême.

Mahatma GANDHI
Générique de fin du film documentaire "La Grande Âme de Gandhi"
Chroniques du XXème siècle



Ce film documentaire Gandhi la Grande Âme avec pour sous-titre « La vie de l'apôtre de la non-violence – Sa lutte pour l'indépendance de l'Inde » – appartient à une cassette VHS intitulée «Chroniques filmées du XXème siècle»


Le Jeûne

Le JEÛNE apporté par Gandhi est une arme révolutionnaire de premier ordre. On jeûne jusqu’à ce que l’adversaire comprenne qu’il a tort. S’il le faut, on jeûne jusqu’à la mort .

En 1947, au moment de l'Indépendance de l'Inde, l'Hindoustan et le Pakistan ont brisé l'immense pays qui avait gardé son unité sous la domination anglaise.

D'un côté, les Musulmans, de l'autre côté, les Hindous, et des haines qui hurlaient depuis Tamerlan se sont immédiatement déchainées.

Des centaines de milliers de morts s'entassèrent : les Hindous massacraient les Musulmans, les Musulmans massacraient les Hindous.

Alors, que fît Gandhi ?

Il proclama que, puisque ses frères étaient saisis par le néant et la tuerie, lui, il allait jeûner jusqu'à ce que mort s'en suive.

Il a donc commencé un jeûne absolu, déclarant que tant que les armes ne seraient pas tombées des mains sanglantes des combattants, il continuerait son jeûne.

Alors, on assista à un spectacle unique dans l'histoire du monde, et aucune légende dorée ne relate pareil miracle.

Les chefs hindous et les chefs musulmans se réconcilièrent et ils vinrent autour du lit de Gandhi, le suppliant avec pleurs d'arrêter son jeûne avant que la mort ne le prenne dans sa griffe.

C'est peut être le prodige le plus extraordinaire qui soit.

Extrait de la conférence de F. BROUSSE
dans Le Livre des révélations – Tome II
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1992, p. 21

CONFÉRENCE de F. Brousse du 02 octobre 1979 sur Gandhi


dimanche 31 août 2008

Conscience morale et responsabilité

Par l’éternelle loi des répercussions, toute souffrance causée à autrui se compense automatiquement par une souffrance égale, dirigée en sens inverse. Le criminel devient tôt ou tard la victime. Quand nous frappons un autre, c’est nous-même que nous frappons. Enclume et marteau se confondent dans la divine Justice... Cette vérité fondamentale emplit de son rayonnement toutes les bibles de la Terre. Même les doctrines obscurcies, comme le catholicisme, en conservent une parcelle précieuse. Responsabilité, karma, réincarnations, se nouent comme une chaîne de diamants, plus dur que l’acier. En dehors des Livres surhumains, l’intuition, braise inextinguible mais qui dort le plus souvent, reflète l’éclat terrible de la Grande Loi. L’intuition veille dans le cœur humain ; d’un regard infaillible elle mesure les inévitables ressentiments de nos actions. Elle voit que le bien attire le bien, que le mal appelle le mal. Ce que tu fais aux autres te sera rendu intégralement. Ni plus, ni moins. Telles sont les mathématiques de Dieu. L’intuition rêve sur ces réalités incorruptibles, qu’elle contemple face à face. Et lorsque notre vouloir pervers nous incline vers le mal, la vierge intérieure, la pure gardienne, nous avertit. Elle nous montre, dans un éclair, les sombres profondeurs de l’abîme, sur lequel nous penchons notre âme égarée. Sa voix solennelle retentit à nos oreilles. La voix de l’intuition, c’est la conscience morale.

François Brousse, Revue BMP N°106, décembre 1992, éd. La Licorne Ailée